Promotion du progrès : Sociétés d’agriculture, comices agricoles, salons…

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Du comice au salon de l’agriculture…

timbres_salons Les comices, ces fêtes locales, ont évolué avec le temps en même temps que l’agriculture et le monde paysan se sont transformés.  Les années cinquante et soixante ont été des années de crise pour de nombreuses raisons qui, toutes mises ensemble, se résument en une expression : la fin des paysans.

La modernité que poussaient les comices se traite ailleurs : chambre d’agriculture, salons régionaux ou nationaux, rôle des techniciens, retrait des élites locales qui ne se sentent guère concernées par l’agriculture, remise en cause du clientélisme du rôle des grands propriétaires. Pour les familles, l’offre de loisirs, de fête, ce qu’était aussi le comice, s’est diversifiée ; il y a bien d’autres occasions de s’amuser et, automobile aidant, le cadre local s’est élargi, voire défait. Enfin une raison technique propre à l’élevage a joué contre les concours de bestiaux : les bêtes sont d’habitudes confinées dans les élevages et les présentations dans les foirails ou les champs des comices se sont parfois avérées traumatisantes pour les bêtes ou impossibles pour des raisons sanitaire.s.

Nombre de comices ont disparu ;  d’autres se sont regroupés pour survivre. Les agriculteurs issus de la JAC ont pris en main l’organisation des manifestations à la place des notables. Cette frange des agriculteurs, motivée professionnellement et politiquement, la plus engagée dans la modernité, a cherché à renouveler une manifestation qui devenait désuète.  Les prix sont plus nombreux, ils sont aussi symboliques pour cassser la relation à l’argent et redonner au comice une fonction d’échange, de partage.

013 - copie De fait, il y a de plus disjonction entre trois fonctions qu’assumait la manifestation : le comice comme rencontre professionnelle, la fête réunissant tout une société rurale et la promotion de la ruralité et de l’agriculture.

Les salons professionnels ont changé d’échelle : de même que les producteurs de machines sont de moins en moins régionaux (c’est la fin du charron capable de fabriquer une charrue simple), de même les salons de l’agriculture et du machinisme sont nationaux.

Un volet agricole existait déjà en 1855 lors de l’exposition universelle. Mais il faut attendre le premier concours général agricole en 1870 pour que naisse ce qui ressemble à un salon au Palais de l’industrie qui présente  au coeur de Paris, des animaux de boucherie, des volailles, des produits laitiers, agricoles et enfin des machines. Ce concours général est fortement axé sur la sélection des races françaises des animaux reproducteurs. En 1909, le concours devient «la semaine de l’agriculture de Paris».

Après la guerre, le salon reprend en 1923. Les animaux de boucherie sont définitivement mis sur la touche au profit des animaux reproducteurs (bovins, ovins, porcins et chiens de berger). En 1925, le concours s’exporte au parc des expositions de la porte de Versailles avant de s’interrompre une nouvelle fois avec la seconde guerre mondiale.

En 1963, Edgard Pisani pousse à la transformation qui conduit à l’ouverture en 1964 du Salon International de l’Agriculture.  300 000 personnes la première année, plus de 700 000 personnes en 2014, soit une fréquentation multipliée par deux :  ce succès s’explique parce que le Salon est devenu la plus grande ferme de France et surtout, parce que cette ferme est idéale, rêvée, voire fantasmée : il y a des animaux (plus de 4000 qu’on ne peut plus voir facilement dans les fermes), des spécialités agricoles nouvelles ou traditionnelles qui flattent le palais, des animations pour les petits qui sont ravis et pour les grands qui retrouvent une ruralité largement perdue ou mise à distance. On y trouve aussi des hommes politiques qui font un parcours obligé et dont l’impact est étonnant si l’on mesure la part réelle de l’agriculture française dans l’électorat national.  Mais aucun élu ne saurait laisser penser qu’il oublie que «pâturage et labourage sont les deux mamelles de la France.» (Sully sous Henri IV).

Machinerie_agricole_SIMA - copie Est-ce que le Salon de l’agriculture assure la promotion de l’agriculture dans la société française ?  Faut-il d’ailleurs toujours parler de l’agriculture comme un tout ? Des secteurs comme les céréales se portent mieux, dopés pour le moment, par la conjoncture mondiale. Ils n’ont dans l’opinion, aucune visibilité (qu’ils ne cherchent pas d’ailleurs).  Les secteurs de l’élevage, du lait, celui des fruits sont en crise, vivant mal la mondialisation de l’offre qui profite amplement aux céréaliers. Le rapport entre le producteur et le consommateur n’existe plus que sur les marchés dans les villes ou les bourgs ruraux (en grande progression). Ailleurs, c’est le négoce, la distribution qui fait écran et fait la loi. Le temps du Salon de l’agriculture, ces rapports de force s’effacent derrière un rideau de scène enchanté.

Cette transformation du salon en manifestation très grand public qui n’a plus rien de professionnelle conduit à séparer en 1992 le Salon international de la machine agricole (Sima) qui s’installe à la même date au parc des expositions de Villepinte, au nord de Paris.  Le SIMA accueille un public strictement professionnel.

Dire que l’échelon régional a disparu serait aller vite en besogne. Il existe en effet un niveau intermédiaire qui est plutôt régi par les négociants en machinisme agricole. Ils travaillent en direct avec les agriculteurs de leur région pour qui ils organisent des démonstrations, des présentations, en lien en haut avec les constructeurs et sur le terrain avec des utilisateurs qui servent de démonstrateurs.

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