Deux guerres, deux stratégies…

Le retour à la terre

communisme_1930 front_populaire_1936 La défaite de juin 1940 entraîne la chute de la IIIe République : la France remet son destin dans l’homme providentiel, le vainqueur de Verdun, Philippe Pétain. L’histoire de Vichy est connue, même si certains points de la collaboration créent encore des débats. La France est rapidement confrontée au problème de la désorganisation économique : beaucoup de prisonniers en Allemagne, des populations déplacées, un outil productif à terre. C’est aussi le temps des règlements de comptes : arrive au pouvoir, avec le maréchal, tout un personnel politique qui a longtemps milité contre la République, contre le Front populaire. En matière d’agriculture, c’est le parti agrarien qui s’impose. Sous cette appellation, c’est plus un mouvement qu’un parti.

On y retrouve, à des époques diverses au cours des années trente, la Ligue de défense paysanne de la Meuse qui aurait rassemblé 3 000 paysans à Bar-le-Duc et à Verdun en novembre 1936, le Parti agraire et paysan français, fondé en 1927, ancien parti corporatiste d’agriculteurs. Son organe, La Voix de la terre, affiche des convictions corporatistes et « apolitiques » en 1929 : « Le blé, le lait, le vin, le bétail, la charrue n’ont pas d’opinion politique ».

8_heures En 1934, le Front paysan est créé le 20 juillet 1934 à l’initiative de Fleurant Agricola, président du PAPF (Parti agraire et paysan français) C’est la coalition de trois blocs : le bloc agraire avec le Parti agraire et paysan français (PAPF), le bloc de Défense paysanne, avec les Comités de défense paysanne, d’Henri Dorgères, les « Chemises vertes », le bloc professionnel avec l’UNSA (Union nationale des syndicats agricoles) et diverses grandes associations sectorielles (blé, betterave, vin…) ; syndicats dits « de la rue d’Athènes » du nom de la rue où se trouve à Paris le siège de l’UNSA, dirigé par Jacques Le Roy Ladurie.

Le Roy Ladurie rencontre Pétain, ancien camarade de promotion de son père, qui, dès 1940, lui propose le ministre de l’Agriculture. Après un premier refus, lié à la question du ravitaillement, il accepte de devenir ministre de l’agriculture et du ravitaillement sous le Régime de Vichy, dans le gouvernement Laval, dont il s’éloigne progressivement pour se rapprocher de la Résistance rejoignant en janvier 1943 l’Organisation civile et militaire (OCM), Cela lui permet d’obtenir un non-lieu de la commission d’instruction de la Haute Cour de justice après une incarcération à la Libération. Il sera également député du Calvados avec toujours des affinités avec le Centre national des indépendants et paysans.

corporation_paysanne Par anticommunisme, l’UNSA s’oppose au Front populaire, accusé de préparer l’étatisation de l’agriculture (création de l’Office National Interprofessionnel des Céréales ou ONIC), d’entraîner des désordres (grèves agricoles) et mène la contre-offensive agrarienne dès juillet 1936 : relance du Front paysan, avec le Comité d’action paysanne groupant l’UNSA et les dirigeants des principales associations agricoles centrales et spécialisées. Les thèses corporatistes de l’UNSA annoncent la Corporation paysanne fondée par le régime de Vichy, dont les animateurs sont issus de l’UNSA.

Autre protagoniste : Louis Salleron joue un rôle important, dès les années 1930, dans le mouvement syndical paysan de droite : la « rue des Pyramides » et la « rue d’Athènes », c’est-à-dire l’UNSA (Union nationale des syndicats agricoles). Il est secrétaire général de l’association générale du Crédit mutuel agricole et codirecteur du périodique Syndicats paysans. Son livre Un régime corporatiste pour l’agriculture, issu de sa thèse et publié en 1937, contient les bases de la théorie corporatiste appliquée à l’agriculture. Salleron est l’un de ces Français qui entendent profiter de la défaite de 1940, de l’effondrement de « tout un système », du fait que « l’individualisme libéral, démocratique et parlementaire s’est avéré sans vigueur en face de forces neuves », pour espérer voir triompher enfin les causes qui leur sont chères. En l’occurrence le corporatisme, puisqu’il milite pour le voir triompher depuis plusieurs années et qu’il préconise dès août, dans une série d’articles en « une » de l’Ouest-Eclair : « Un ordre moderne est appelé à remplacer l’ordre ancien et (…) a déjà reçu son véritable nom, il est corporatif ». Il entend alors convaincre les agriculteurs de l’importance de la Corporation, dans ses articles, ses conférences et ses livres, comme La terre et le travail, publié chez Plon en 1941 ou Naissance de l’État corporatif chez Grasset en 1942, se réjouissant qu’elle se situe « à l’opposé du libéralisme anarchique et de l’étatisme dévorant ». Son rêve, c’est aussi l’institution d’un État corporatif, qui doit reconnaître « l’existence de communautés naturelles, de « corps » ayant des droits premiers antérieurs à la volonté contractuelle comme à toute volonté législatrice » : la famille, le métier, la région.

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