Partout dans le monde, les vols de métaux sont en forte augmentation

Revue de presse (le Monde – Article paru dans l’édition du 04.11.07.

ATTENTION À NOS STATUES….
Etats-Unis, Europe, Amérique latine, Afrique… les vols de métaux (cuivre surtout, mais aussi zinc, acier, nickel…) se sont industrialisés. A 7 661 dollars la tonne de cuivre (5 286 euros) au 1er novembre (+ 200 % en deux ans), à 31 650 dollars la tonne de nickel (20 000 dollars en 2006), à 16 450 dollars la tonne d’étain… les mafias trouvent aujourd’hui plus lucratif et moins risqué de piller les chantiers, de dépecer les équipements publics (rouleaux de fil de cuivre, portails de cimetières, voies de chemin de fer…) que de braquer les banques.


Aux Etats-Unis, les vols de cuivre ont atteint une telle intensité que seize Etats ont passé des lois pour durcir les condamnations et rendre plus précise la réglementation afin d’éviter le recel. En Arizona, l’acheteur de cuivre doit demander la photocopie du permis de conduire du vendeur ; en Oklahoma, le vol de ce métal, simple délit à l’origine, a été requalifié en “crime”.

Selon le ministère de l’énergie des Etats-Unis, les vols de cuivre depuis le début de l’année sur les chantiers ont atteint 1 milliard de dollars (690 millions d’euros), sans compter les coûts liés aux pannes durables d’électricité, à l’inachèvement des chantiers de construction, voire la faillite des exploitations agricoles dont le réseau d’arrosage a été dépecé.

Même chose en Allemagne : en août 2007, la police de Schwerin en Mecklenbourg-Poméranie lançait un appel à témoins pour retrouver 100 tonnes de rails usagés et 20 tonnes de petites pièces mécaniques, d’une valeur totale de 150 000 euros, dérobés à la gare de Gadebuch. Les rails mesuraient 6 mètres !

Un an plus tôt, la Frankfurter Allgemeine Zeitung racontait dans son édition du 23 août 2006 que 40 tonnes de voies de chemin de fer (5 kilomètres) avaient disparu au début de l’année dans la Hesse. En Saxe, par exemple, le nombre d’affaires de vol de métaux est passé de 132 en 2004 à 1 757 en 2006, représentant un montant de 44,8 millions d’euros contre 366 000 euros deux ans plus tôt !

En Angleterre, la police a constitué le 20 octobre une cellule de crise au niveau national pour parer à ” l’explosion” des vols de métaux. Dans la seule région de Cambridge, la police estime que les vols de cuivre représentent une perte de 500 000 livres… par mois ! Fin octobre, une école primaire à Upwood (Cambridgeshire) a dépensé 30 000 livres (43 200 euros) pour refaire son toit dont les éléments de cuivre avaient été dérobés en une nuit.

En France, l’office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) a révélé au début de l’année 2007, une progression de 144 % des vols de métaux en 2006 liée à la hausse du nickel, du cuivre, du zinc et de l’aluminium.

Dans les pays en développement, le phénomène a des conséquences qui pénalisent durablement la croissance et le fonctionnement social. En Argentine, 1 200 plaques d’égout et 10 000 compteurs d’électricité ont disparu en 2006 à Buenos Aires.

DEMANDE ASIATIQUE

En Sierra Leone, les exportations de ferraille et de métaux usagés ont été interdites pour empêcher le pillage des câbles électriques et des rails de chemin de fer de se poursuivre dans le pays.

Les chiffres globaux manquent qui permettraient de quantifier ces détournements. Mais l’unité de mesure est sans conteste le million de tonnes. Peut-être même la dizaine de millions de tonnes. Sous toutes les latitudes, les analyses sont les mêmes : l’essor économique de l’Asie et de l’Europe de l’Est provoque une envolée des cours qui incite les mafias à se réorganiser. L’OCLDI émet l’hypothèse qu’une bonne partie des métaux volés rejoint directement, par bateaux, le continent asiatique où la demande est peu regardante quant à l’origine des produits.
Yves Mamou avec Adrien de Tricornot et Alain Faujas
LE MONDE ARGENT | 03.11.07 |

687 vues