Eclairage : et la lumière “fût”…

Candélabre (anonyme) : définition

L’éclairage public a mis très longtemps à évacuer les ténèbres qui rendait la ville très dangereuse. Les premiers éclairages ont été des chandelles suspendues à des carrefours qu’on descendait et qu’on hissait pour les allumer par une corde. Plus tard, l’éclairage a pris la forme d’une potence fixée au mur. Cette forme a largement duré jusqu’au XXe siècle et continue d’être utilisée partout où la place au sol manque.

La fonte est entrée dans l’éclairage après l’invention de l’éclairage au gaz par le Haut-Marnais Philippe Lebon, dont le brevet fut exploité en Angleterre. On avait déjà fait, en bronze d’art, des candélabres richement ornés pour les châteaux. Versailles en est une illustration. Là, il s’agit de réaliser en série des mâts pouvant atteindre quatre mètres de haut surmontés d’une lanterne. Pour le fondeur, le défi n’est pas si simple : c’est un produit long et creux qui ne peut souffrir la déformation.


Le premier à avoir fabriqué des mâts sera Calla : pour l’éclairage à l’huile, car nombre de localités sont encore éclairées ainsi, puis pour le gaz (les deux modèles à gauche – ouvrage de Thiollet – B. Forney Paris)

Les candélabres sont d’abord simples, comme le montrent les planches des années 1840.

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Planche de l’album de Thiollet (Bibliothèque Forney – Paris – dessins d’environ 1836 : les reverbères de gauche sont de Calla (modèle à gaz)

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Puis très rapidement, ils seront ornés (la plasticité de la fonte permettant aisément le décor) et passeront de la simple lanterne au bouquet de lanternes.

Les catalogues de fonderie feront une très large place à ces produits qui seront achetés en masse par les villes qui développeront toutes leur éclairage public, au gaz, puis à l’électricité. Des plus riches aux plus modestes, les centaines de modèles de candélabres proposés dans les catalogues des fondeurs répondent aux attentes des communes et s’adaptent à tous les budgets, tous les environnements. Bien souvent, ils sont personnalisés aux armes de la ville.

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Candélabre du Val d’Osne à Buenos Aires

Les modèles sont conçus par les architectes – Davioud, par exemple ou Hittorff qui dessinera les colonnes rostrales de la place de la Concorde – ou par les sculpteurs qui en reçoivent la commande des fondeurs (Mortimer, Liénard, Didier, Piat…). D’autres modèles émanent des dessinateurs des fonderies. En 1858, les catalogues proposent des statues qui se substituent au fût traditionnel. Ces porte-torchères, dues au ciseau de sculpteurs réputés (Mathurin Moreau, Salmson, Gautherin…), illustrent la devise du beau dans l’utile. Les fontaines lumineuses forment une variante qui relève de l’exploit. Celle de Bartholdi, produite par Durenne, orne toujours Washington.

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Vasque dessinée par Bartholdi pour Durenne : le dernier exemplaire se trouve au jardin botanique de Washington
Vasque dessinée par Bartholdi pour Durenne : le dernier exemplaire se trouve au jardin botanique de Washington
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Ducel – Hyères

Après la Grande Guerre, les candélabres se feront Art Déco : Durenne a ainsi un catalogue des plus représentatifs dont les produits se trouvent dans les quartiers urbanisés à cette époque, les modèles classiques étant plutôt dans les zones haussmaniennes.

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Paris (avenue de l’Opéra)
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Champs-Elysées : urbanisme signé Hittorff – torchères Ducel

Les architectes et designers contemporains développent aujourd’hui des formes très modernes, doublant parfois les tailles traditionnelles, avec des apports technologiques étonnants comme ces mâts qui déploient leur bras de lumière à la tombée de la nuit. Ils marient les matières : fonte et acier, fonte et bois, fonte et résine. Les lanternes sont aujourd’hui des bijoux de technologie qui intègrent le développement durable par l’économie d’énergie.

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modèle couplé à une fontaine à Blaye (Gironde)
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base de lampadaire art déco signé Durenne (Paris)

Certaines collectivités commandent des lignes spécifiques complétées par le mobilier urbain correspondant. Ainsi, Jean-Paul Deschamps a créé la ligne « Saint-Dizier » pour la ville éponyme, réalisée par la fonderie GHM).

En France, GHM, autrefois Durenne et du Val d’Osne, reste le premier fabriquant français de candélabres en fonte.

La production française sera largement exportée, mais aussi largement copiée. La plupart des pays ont créé, dans leurs propres fonderies, des modèles de style haussmannien, hommage au style parisien et à la Ville Lumière.


Catalogues

Tous les catalogues de fontes d’ornement du XIXe siècle comportaient de nombreuses variantes de candélabres, lampadaires, torchères.

Aujourd’hui, les ventes se font toujours sur catalogue. Les modèles du XIXe siècle sont toujours édités mais les municipalités se tournent de plus en plus vers des modèles contemporains, intégrant un process d’éclairage plus performant et se mariant avec une gamme complète de mobilier urbain fonctionnel.


Occurrences connues :

Paris d’abord,

Villes, jusque dans les chefs-lieux de canton les plus modestes

– dans toutes les villes du monde influencées par l’urbanisme parisien

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