Thèse : A la lanterne ! Modes d’existence d’un objet banal, entre imaginaire technique et politique.

Soutenance de thèse de doctorat sous la codirection de Liliane HILAIRE-PÉREZ (EHESS) et Antoni ROCA-ROSELL (Universitat Politècnica de Catalunya, Barcelona) :

A la lanterne ! Modes d’existence d’un objet banal, entre imaginaire technique et politique.

Invention, économie urbaine, publics et circulations du «réverbère»,

Paris, Barcelone, XVIIIe s. 

Le jury e​st composé de Marco BERETTA (rapporteur, Université de Bologne), Guillaume CARNINO (Université de Technologie de Compiègne) , Vincent DENIS (Université Paris 1), Valérie NÈGRE (Université Paris 1) et Allan POTOFSKY (rapporteur, Université Paris 7).

Elle aura lieu le jeudi 6 décembre à 9h, à l’Université Paris Diderot (Place Paul Ricœur 75013 PARIS – salle 870, Bâtiment Olympe de Gouges).

RÉSUMÉ

Notre culture a banalisé la lanterne publique, objet technique du quotidien urbain. Or, à la fin du XVIIIe s., la lanterne devient un véritable leitmotiv visuel et sémantique révolutionnaire.

Innovation technique pour l’éclairage public au XVIIIe s., la lanterne « à réverbères » optimise l’intensité lumineuse en utilisant des artifices, les réflecteurs métalliques concaves (réverbères), afin de rationaliser le chemin optique. Si l’historiographie s’est focalisée sur la lampe d’Argand, nous avons construit notre étude autour du réflecteur, moins noble et peu valorisé. L’émergence de la nouvelle technique est intrinsèquement accompagnée de discours, d´images et de mythes qui structurent son imaginaire. La biographie d’objet est une ressource précieuse pour l’appréhender, par des prismes s’affranchissant de la distinction objet/sujet pour traiter la lanterne comme acteur et interroger ses modes d’existence.

Le premier prisme porte sur la genèse de l’objet et l’inscription de son imaginaire technique comme réponse rationalisée au problème d’éclairage. Mais, interroger le sens de la technicité de l’objet n’est pas suffisant, il nous faut étudier la lanterne « en action de rue», soit sa « réticulation spatiale » et son intégration au milieu. Le troisième moment interroge les médiations transformatrices des valeurs initiales de l’objet à travers les circulations techniques (transculturelles) franco-espagnoles, et un champ de media (annonces techniques et cartes de commerce) : elles structurent la zone entre invention, publics et marchés. Enfin, le quatrième moment est consacré à la lanterne politique et ses paradoxes, basculant du double imaginaire de l’administration monarchique et du contrôle policier parisien– ou militaire barcelonais – à l’emblème révolutionnaire.

Fidèle à une méthode « au ras de l’objet », nous faisons dialoguer ses fonctions symboliques avec son schème technique, pour faire ressortir les résonances – ou les déphasages– de l’imaginaire politique dans la matérialité. Nous souhaitons ainsi redonner de l’épaisseur à la lanterne, afin de retrouver son sens humain et comprendre son empreinte dans la culture.

MOTS-CLÉS. Biographie d’objet technique, innovation d’éclairage public, imaginaire technique et politique, circulations techniques, technophanie, l’objet et son milieu, culture matérielle.

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