ROBERTO BURLE MARX : le Brésil fête son plus grand jardinier

Roberto Burle Marx : le Brésil fête son plus grand jardinier : Burle Marx

Casa Cor.  Exposition au Jockey Club, Gavea, Rio de Janeiro.  Jusqu’au 13 octobre.

Jean-Pierre Langellier

Le sol était son canevas, les plantes ses couleurs, et le ciel sa lumière. Roberto Burle Marx, le plus grand paysagiste et jardinier du Brésil (1909-1994), et l’un des maîtres de la discipline, se considérait d’abord comme un peintre, libre de laisser folâtrer sa palette sur une trame de pierre ou dans les volumes d’un jardin. Composer un paysage était pour lui la meilleure manière de peindre “en grand”, de dessiner le décor minéral et végétal dans lequel, chaque jour, des hommes vivraient, ou simplement passeraient.

Inventeur du paysagisme tropical, cet athlète de l’art, n’a cessé, toute sa vie, de mettre la peinture, découverte, tout jeune, avec Van Gogh, au service de ses multiples talents : jardinier, sculpteur, plasticien, graveur, tapissier, souffleur de verre, créateur de bijoux et de costumes de théâtre, cuisinier. Chaque don nourrissait l’autre. Aujourd’hui, le Brésil célèbre le centième anniversaire de la naissance de celui qui fut, avec ses amis, l’architecte Oscar Niemeyer et l’urbaniste Lucio Costa, son plus grand artiste de l’espace au XXe siècle.

Une rétrospective, au titre heureux, “La permanence de l’instable”, a été organisée au Musée d’art moderne de São Paulo, sa ville natale, après avoir eu un grand succès à Rio de Janeiro, sa ville de coeur, où sa famille s’installa quand il avait 6 ans. A Rio encore, un autre hommage lui est rendu dans le cadre de l’exposition annuelle d’architecture d’intérieur, Casa Cor, sous la forme d’un jardin dessiné par Haruyoshi Ono, son ancien élève et associé.

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Il dessine son premier jardin en 1932, à la demande de Lucio Costa. Son oeuvre en comptera plus de deux mille, dans le monde entier, dont la majorité est privée. Dans la grande aventure de Brasilia, où il réalisera de beaux jardins suspendus, il n’a pas le meilleur rôle, car le maître Niemeyer, orfèvre du béton, n’aime guère les arbres.

Mosaïques abstraites

A Rio, son style s’épanouit. Ses jardins prolongent et rehaussent la splendeur naturelle de la ville. Il obtient des effets de masse en regroupant des arbustes dont les couleurs changent au fil des saisons. Ses ensembles fleuris monochromes côtoient des parterres de sable ou de cailloux, des colonnes et des arcades, des palmiers et des cascades. Ses plantes pleuvent sous des pergolas de pierre.

Il aime concevoir de vastes parcs publics, ouverts au plus grand nombre, comme le “remblai” de Flamengo, reconquis sur la mer (1965). Mais aucun quartier ne porte autant la marque de l’artiste que les fameux trottoirs de Copacabana tapissés, sur 4 kilomètres, de mosaïques abstraites au dessin inspiré de l’art portugais (1970). Du haut des immeubles, face à l’océan, le regard embrasse cette immense vague de pierre, noir et blanc, qui ondule en ourlant la baie.

Botaniste inlassable, écologiste avant l’heure, Roberto Burle Marx explore régulièrement la forêt d’Amazonie, mais aussi la savane et les terres arides du Nordeste. Plus de cinquante espèces portent son nom. En 1949, il achète une ancienne ferme, à Barra de Guaratiba, à une heure de route de Rio, pour développer ses collections. Il y installera son atelier et sa maison. Le Sitio Burle Marx est aujourd’hui un monument national.

Les jardins de Burle Marx ont fleuri sur tous les continents, de Paris (au siège de l’Unesco) à Miami, et de Caracas à Santa Barbara, en passant par Porto Rico, Washington, Buenos Aires ou Kuala Lumpur. Avec le temps, certains ont disparu, victimes de la rénovation urbaine ; d’autres sont en mauvais état, faute d’attention et d’entretien. Il y a vingt ans, l’artiste se plaignait déjà des négligences officielles.

A Rio, la mairie vient de classer 90 oeuvres au patrimoine culturel municipal, en s’engageant à les entourer de ses soins. Pour garantir justement, au-delà d’une commémoration, “la permanence de l’instable”.



Casa Cor.  Exposition au Jockey Club, Gavea, Rio de Janeiro.  Jusqu’au 13 octobre 2009

Jean-Pierre Langellier

Voir également le site officiel

http://portal.iphan.gov.br/portal/montarDetalheConteudo.do?id=12825&sigla=Institucional&retorno=detalheInstitucional

et un site avec photos

http://www.maria-brazil.org/sitio_roberto_burle_marx.htm

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