Un « Guimardland » à l’hôtel Mezzara dans le XVIe arrondissement de Paris ?
“Soutenu par une presse unanime et un soutien politique transpartisan, un projet de musée privé dernier cri porté par la société commerciale, Hector Guimard Diffusion a été validé par les services de l’État pour valoriser pendant 50 ans une pépite Art nouveau publique : l’hôtel Mezzara dans le XVIe arrondissement de Paris.”
(extraits)
Une association 1901 d’amateurs souhaitait bien y ouvrir un musée à la gloire de l’architecte mais leur capacité à lever des fonds s’était avéré nul. C’est donc grâce à un homme providentiel et amoureux des architectures de l’Art nouveau et de l’Art déco, Maurice Culot, architecte-urbaniste renommé, grand défenseur du patrimoine et éditeur prolifique d’ouvrages et d’expositions qu’une solution émergea en 2018 [1]. Il mit en relation le Cercle Guimard avec l’entrepreneur Fabien Choné, cofondateur de la société Direct Energie et passionné d’architecture, pour qu’ils élaborent un « business plan » profitable à tous.
Dès lors, les choses s’enchainèrent : en octobre 2019, Hector Guimard Diffusion est fondée avec pour but « la diffusion et à la commercialisation d’œuvres d’Hector Guimard » tandis que le Cercle Guimard devenait en juillet 2020 une association d’intérêt général ouvrant à la défiscalisation des dons reçus.
(…)
Cette riche idée de réinventer le musée de demain où se côtoieraient originaux et reproductions, fac-similé et œuvre virtuelle n’est rendue possible que par les avancées technologiques en matière de numérisation qui relèguent dans le passé la technique du surmoulage et sa législation bien connue du milieu de l’art (décret Marcus). Le « projet Guimar3d » qu’ils ont imaginé a l’ambition de reproduire des objets physiques et numériques à partir d’authentiques créations d’Hector Guimard [5].
Le musée municipal de Saint-Dizier (Haute-Marne) est le premier à mettre à disposition gratuitement sa troisième collection de fonte d’art au monde. Le 28 avril 2025, le conseil municipal a autorisé, à l’unanimité, un scannage général des productions de l’architecte des collections publiques pour permettre à Hector Guimard Diffusion de vendre des « rééditions fidèles ou en produits dérivés ». Assurément, l’univers numérique esthétique d’Hector Guimard nourrira dans l’avenir aussi bien des animations récréatives désormais incontournables pour qui veut valoriser son patrimoine (spectacles immersifs, mapping exportés autour du monde) que les affamées bases de données des IA.
Juridiquement, le PLU bioclimatique protecteur de la parcelle boisée et le classement MH l’autorisent-ils ? Que penser d’une salle immersive où le visiteur portera casque et lunettes de réalité virtuelle pour se plonger dans les constructions disparues de l’architecte…assis néanmoins sur des rééditions de fauteuils dans un authentique bâtiment de Guimard ? Qu’est-ce que le public va bien pouvoir retenir de cette confusion des genres qui mettrait sur le même plan, par exemple, le mobilier d’origine de salle à manger d’Hector Guimard, classé Monument historique et des copies décoratives, aussi bien réalisées soient-elle ?
Scientifiquement, cette disneylandisation décomplexée ne peut qu’heurter la déontologie des professionnels du patrimoine qui rappellent qu’il existe une profonde différence entre un musée et un parc d’attraction. Culot et son conseil scientifique sauront sans nul doute réorienter ce projet atteint manifestement du « syndrome RATP » du pastiche .
Si on peut regretter que la puissance publique se soit désintéressée de ce bâtiment qui aurait été un formidable écrin pour les collections d’Art nouveau européen du musée d’Orsay, du musée des Arts décoratifs et des Manufactures nationales, il reste au ministère de la Culture et à la ville de Paris d’assurer désormais leur rôle de régulateur en luttant contre la « disneylandisation » rampante de notre patrimoine.
Julien Lacaze, président de Sites & Monuments
L’article reprend la composition du conseil scientifique publié en 2020 par la Tribune de l’Art.
Article du JHM cité ici : https://jhm.fr/hector-guimard-ses-fontes-dart-vont-revivre-en-3d/
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