Revue de presse : le Monde : La Hongrie révise son histoire (et les statues déménagent)

La Hongrie révise son histoire (“le Monde” du 14 janvier 2012)

Il n’y a pas eu que Pétain et le régime de Vichy pour écarter les statues non conforme idéologiquement. La Hongrie s’y met comme en témoigne l’article paru dans le Monde du 14 janvier. Extrait
il est assis en chemise, l’air mélancolique, son chapeau à la main. Cette statue du poète Attila Jozsef, posée au bord du Danube, fleuve qui lui a inspiré l’un de ses plus beaux textes, est chère aux Hongrois. Il y a quelques semaines, des dizaines d’entre eux se sont relayés jour et nuit autour de cette effigie de bronze, en récitant ses vers. D’autres laissent des bouquets de fleurs, parfois un simple oeillet rouge. Ils sont là car la statue d’Attila Jozsef, fils de pauvres et rebelle, qui s’est suicidé en 1937, doit être bientôt reléguée loin de Budapest. Le même exil est promis au monument stalinien érigé en hommage à Lajos Kossuth, héros de la révolution de 1848 contre les Habsbourg, flanqué de l’inévitable trio soldat-ouvrier-paysan. On va lui substituer un groupe de sculptures antérieures à l’ère communiste, qui attendaient leur heure dans une ville de province.
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(source : Wikipédia) Le sculpteur hongrois est László Marton 5 11 1925 à Tapolca; † 5 10 2008 à Budapest) ; le fondeur ne nous est pas connu.

Etonnante valse des statues ! Ce sont des symboles, mais ils en disent long sur l’imaginaire national que veut imposer le gouvernement populiste et très controversé de Viktor Orban. Le premier ministre hongrois veut en effet remodeler la vaste place du Parlement, à Budapest, pour lui rendre son aspect d’avant 1944. Il a dégagé dans ce but un confortable budget, les travaux sont imminents, des barrières déjà installées, qui ont aussi l’avantage de tenir à distance les contestataires.

N’y a-t-il pas d’autres urgences, quand le pays se débat avec la chute du forint et la fuite des capitaux ? Quand la Hongrie, qui déclencha avec courage, en 1956, la première insurrection armée contre la tyrannie communiste, essuie un feu roulant de critiques contre sa nouvelle Constitution, que tant de gens jugent antidémocratique ? Fin décembre 2011, les universités hongroises ont dû fermer pour deux bonnes semaines par manque de crédits pour chauffer les locaux, mais M. Orban applique sans faiblir son programme.

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Car la cible véritable de ce remue-ménage se trouve de l’autre côté de l’imposant bâtiment néo-Renaissance, un peu à l’écart, sous un arc brisé : c’est la triste figure, appuyée sur sa canne, du comte Mihaly Karolyi, premier et éphémère président de la République hongroise. Depuis des années, la droite radicale l’accable d’insultes, le coiffe d’une kippa juive, accroche à son cou des pancartes le qualifiant de « traître ».

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(source : http://www.hungarianambiance.com/2010/11/jobbik-demonstrated-at-mihaly-karolyis.html) D’autres images en ligne sur ce site, notamment la tête couverte d’une kippaL

Contre toute vérité historique, elle le dit coupable de l’« infâme » traité de Trianon, signé en 1920, qui a contraint la Hongrie, perdante de la première guerre mondiale, à abandonner à ses voisins plus des deux tiers de son territoire. Un tel homme ne peut qu’avoir « un coeur étranger », c’est-à-dire être juif. A défaut de le pendre, il faut effacer son image.(…)

Les Hongrois, en dehors des milieux libéraux de la capitale, montrent que Trianon n’est ni oublié ni pardonné. Les innombrables monuments érigés depuis la fin du communisme, parfois à l’initiative de villageois, perpétuent cette mémoire douloureuse où domine l’image du Turul, l’aigle mythique des Magyars.

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lire la suite de l’article de Joëlle Stolz sur le site du Monde

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