Revue de presse : Le Berry républicain : c’était – 1839 – la pose de la première pierre des forges de Bourges

Histoire

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C’était le 17 août 1839 : la pose de la première pierre des forges de Bourges

Tous les lundis de l’été, jusqu’au 24 août, avec le précieux concours d’Alain Giraud, membre du Bureau des guides de Bourges et passionné par l’histoire de la ville, nous vous faisons revivre un événement qui s’est produit le même jour, dans le passé. Aujourd’hui, la pose de la première pierre des forges de Bourges.

Il faut avoir connu Bourges dans les années 70 pour ne pas s’en étonner. Sur les rives d’Auron, où bat aujourd’hui le cœur du Printemps, il y avait une usine. Un ensemble industriel, même, plusieurs fois vendu et transformé, avant de devenir la friche sur laquelle on construirait le palais des Congrès, à l’aube des années 80. Et il faut remonter plus loin dans le temps, au XIXe siècle, pour assister à la pose de la première pierre des forges de Bourges.

Dans son édition du 20 août 1839, le Journal du Cher relate assez longuement cette cérémonie, suivie par de très nombreux habitants. « Ceux qui n’avaient pu être admis dans l’enceinte même de l’usine, et ils formaient la grande majorité des curieux, s’étaient groupés sur le pont et le rempart d’Auron, sur les berges de la rivière et du canal, et cette foule présentait un spectacle aussi animé que pittoresque. Une pluie d’orage, qui était tombée deux heures auparavant, avait sans doute empêché beaucoup de dames de répondre à l’invitation qu’elles avaient reçue ; ce qui n’avait pas empêché que le nombre de celles qui avaient affronté le danger d’un spectacle en plein air, par un temps incertain, ne fut encore très grand. »

« De nombreuses lettres d’invitation avaient été distribuées dans la ville, et comme on ne doutait pas que les dames ne répondissent à cet appel, des chaises avaient été préparées pour elles, dans une enceinte réservée.»

LE JOURNAL DU CHER (20 août 1839)

L’emplacement choisi pour édifier la future usine est celui de l’ancien moulin à eau de Messire Jacques, au confluent de l’Auron et du canal de Berry. Le chantier a déjà commencé ; la première pierre, nous apprend le Journal du Cher, sera celle des hauts fourneaux de cette usine de fer dirigée par le marquis Scipion de Travanet (1794-1847). Celui-ci a invité l’évêque de Bourges, afin qu’il « appelle sur notre établissement naissant la protection du ciel. C’est un usage antique et consacré dont l’observation m’a parue utile et de bon exemple », déclare-t-il.

À 15 heures, donc, ce 17 août, l’archevêque, Guillaume-Aubin de Villèle (1770-1841) bénit la pierre, qui sera ensuite posée par le maire de Bourges, Florent Philibert Mayet-Genetry  (1783-1855), « avec le cérémonial accoutumé », commente le journal.

« Dans cette pierre qui est, dit-on, du poids de 2.000 kg, a été incrustée une plaque en cuivre sur laquelle sont gravés la date de la pose avec les noms du directeur et des membres du conseil d’administration des forges, ainsi que ceux des principaux personnages qui assistaient officiellement à la cérémonie. » Ainsi la ville de Bourges entre-t-elle, en fanfare grâce à la musique du 10e régiment d’artillerie, dans une nouvelle ère.

« Bourges, sors enfin de ta longue léthargie ! »

Ce que M. de Travanet exprime avec des accents lyriques : « Bourges, antique et noble cité, toi jadis la reine et l’orgueil du puissant empire des Gaules, toi dont la splendeur et l’opulence n’avaient point de rivales, toi dont la vaste enceinte renfermait d’immenses richesses industrielles, Bourges la ville aux sept rivières, réveille-toi, sors enfin de ta longue léthargie !

« Ce monument que nous inaugurons aujourd’hui est le premier cratère d’une vaste chaîne de volcans qui doit un jour te ceindre tout entière, volcans féconds qui pour toi changeront en or le fer enfoui dans leurs entrailles. »

MARQUIS DE TRAVANET (Directeur des forges)

Assez longtemps tu t’es reposée sur ton sol qui regorge de fer, à l’ombre de tes inépuisables forêts, au murmure de tes eaux inoccupées, réveille-toi ! […] réjouis-toi car au milieu de cet immense concours de tes habitants, le temple de ton industrie se relève et sort de ses ruines, réjouis-toi car une révolution industrielle s’opère dans tes murs […] ce monument que nous inaugurons aujourd’hui est le premier cratère d’une vaste chaîne de volcans qui doit un jour te ceindre tout entière, volcans féconds qui pour toi changeront en or le fer enfoui dans leurs entrailles.»

L’avenir sera tout autre. En 1860, le haut-fourneau de Bourges est transformé en pointerie (fabrique de pointes.). Après avoir changé plusieurs fois de propriétaire, l’usine est rachetée en 1907 par la Société métallurgique du centre qui la modernise. En 1974, la SMC quitte Bourges pour Saint-Doulchard.

« Ce départ marque pour le quartier du Pont d’Auron la fin d’une longue tradition industrielle », note un journal de l’époque. Et il « intervient à point nommé au moment où la ville envisage une rénovation du quartier » et souhaite renforcer par la construction d’immeubles de logements le caractère résidentiel du centre. « Après plus d’un siècle d’industrialisation, c’est là, la nouvelle vocation du quartier Saint-Paul Auron. »

Martine Pesez
martine.pesez@centrefrance.com

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