Revue de presse: Amay (Belgique) : les fontainiers de Versailles et la soudure à la louche

Les fontainiers du château de Versailles sont à la Paix-Dieu, à Amay. Ils ont pratiqué la soudure à la louche, comme au XVIIe siècle.

source : https://www.lavenir.net/cnt/dmf20200304_01452420/les-fontainiers-de-versailles-a-amay?pid=4868339

C’est une visite assez exclusive et exceptionnelle qui se déroule au Centre des métiers du patrimoine de la Paix-Dieu à Amay. Les fontainiers du parc du château de Versailles ont déposé leurs valises hier et resteront sur place trois jours, pour un échange de savoir-faire avec les artisans formateurs et des spécialistes de la région.

Les fontainiers ont dévoilé leur secret de «soudure à la louche», technique ancestrale de réparation des tuyaux, tandis que les formateurs mosans les initient aux travaux du plomb, à la dorure sur plomb et à la dinanderie (ou l’art de battre le métal).

Hier, moment magique pour les invités triés sur le volet qui ont donc assisté à une démonstration unique en son genre: la soudure à la louche, une technique du XVIIe siècle et qu’ils sont encore les seuls à pratiquer et maîtriser. «Le château de Versailles dispose d’un réseau hydraulique qui date de Louis XIV et qu’on maintient au maximum à l’identique, explique Olivier Grain, un des sept fontainiers. Nous réparons et assemblons les tuyaux grâce à cette technique de soudure.»

Les fontainiers, protégés d’une combinaison de sécurité, ont déposé des lingots de plomb dans le chaudron et les ont amenés à sa température de fusion, à 327 degrés. La conduite en fonte est elle aussi chauffée, au chalumeau, «pour que le plomb liquide ne se solidifie pas trop vite». Avec une louche, précautionneusement, le plomb va être versé sur la jonction à recouvrir.

À l’aide d’un «matoir», les fontainiers tassent le plomb pour assurer son étanchéité après quoi, à froid, ils découpent le surplus de plomb. Une opération délicate mais qu’ils maîtrisent parfaitement et qui a fait son impression. «Peut-être que cela va éveiller des vocations, des envies ici,» indique Virginie Boulez, de l’Agence wallonne du patrimoine.

Quelques images du reportage dans l’article :

Gérer 600 jets d’eau et 55 bassins

Le parc du château de Versailles, de 77 ha, compte neuf fontainiers qui veillent en permanence sur le réseau hydraulique, véritable prouesse technique conçue du temps de Louis XIV. Un job atypique, hors norme. «Nous devons loger tout près du château, être mobilisables en maximum 15 minutes», explique Olivier Grain qui vient de décrocher son titre de spécialiste fontainier d’art. Le rôle de cette petite équipe? Entretenir les canalisations, les tuyaux, les bassins, réparer, restaurer les ouvrages, établir des diagnostics… C’est qu’il y a là 600 jeux d’eau et 55 bassins et fontaines. Il faut certes avoir les compétences du plombier mais savoir aussi travailler le plomb, le métal, maîtriser les outils et les techniques de l’époque. «En fait, on fait tout nous-même, de manière artisanale. On ne sous-traite rien, à part la maçonnerie.» Les fontainiers ont également un rôle plus «visible», celui d’ouvrir et de fermer les vannes qui alimentent les fontaines, pour le plaisir du public, deux fois par week-end. «Le parc consomme alors 4 000 m3 d’eau par heure. Et chaque année, quand on fait la mise en décharge, c’est-à-dire vider toutes les conduites, chacune des 100 vannes est démontée, nettoyée et graissée.» C’est un métier qui s’apprend sur le tas, par transmission des anciens. «Le plus gai, c’est de voir l’envers du décor et le défi technique», explique Maxime Jarry, 27 ans, qui vient de rejoindre l’équipe.

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