La sidérurgie en Lorraine avant le haut fourneau et la question de l’utilisation de la minette dans le procédé direct (Marc Leroy)

3e séance des RIMs (Rencontres Interdisciplinaires sur les Métaux) ;  jeudi 29 septembre 2016 à la MAE de Nanterre de 13h30 à 17h30 (Adresse : Université de Paris Ouest, salle 1, Rez de Jardin – 21, allée de l’Université – 92023 Nanterre).
Au programme :
La sidérurgie en Lorraine avant le haut fourneau et la question de l’utilisation de la minette dans le procédé direct Marc Leroy (MCC, LMC-IRAMAT-CNRS-UMR5060)

L’apport des isotopes aux problématiques liées à la diffusion des métaux durant les périodes anciennes : Sandrine Baron (CNRS, TRACES-UMR5608)

LANGAU : étude de la métallurgie du cuivre et de ses alliages à Angkor et dans le royaume khmer : Brice Vincent (EFEO, CASE-UMR8170)

L’affirmation que la production du fer ne repose, avant la Révolution Industrielle, que sur l’utilisation de minerais riches et que seuls les progrès techniques réalisés au cours du XIXe siècle ont permis l’utilisation de minerais plus pauvres en fer et à gangue composite, comme la minette de Lorraine, est une constante dans la littérature historique et technique. Pourtant, les recherches archéométallurgiques menées depuis la fin des années 1980, en Lorraine centrale et septentrionale, ont complètement modifié la trame de l’histoire du développement de la production primaire du fer en Lorraine avant le XVe siècle, en démontrant que la minette apparaissait comme le minerai de fer le plus largement utilisé durant tout le Moyen Âge, et peut-être même dès l’Antiquité, alors même que les gîtes de minerais riches de surface étaient facilement accessibles.

La compréhension détaillée des processus de transformation de la minette dans les fourneaux de réduction, par les études archéométriques et les reconstitutions expérimentales, amène à considérer que la composition chimique singulière de la minette la rend remarquablement adaptée au procédé de réduction directe, en procurant notamment d’intéressants rendements en fer, qui compensent la faible teneur initiale du minerai, amis qui nécessitent toutefois des gammes de températures de fonctionnement significativement plus élevées qu’avec un minerai à gangue siliceuse, entrainant des conditions proches, par certains aspects, de celles du procédé indirect.

L’orientation actuelle des recherches tente d’identifier la nature des productions de ces ateliers, en traçant la signature chimique de ce système de production dans une gamme de produits ferreux utilisés en Lorraine, notamment dans l’architecture monumentale, mais aussi de caractériser les étapes des changements techniques qui interviennent, comme ailleurs en Europe, à la fin du Moyen Âge, dans les systèmes de production du fer (passage au procédé indirect). Il semble en effet que la production du fer par le procédé direct perdure largement, dans les espaces où la minette est utilisée, alors même que le procédé indirect s’implante et se développe au même moment dans les secteurs périphériques où des gisements de minerai de fer d’une autre nature sont utilisés.

Leroy M., Merluzzo P., Le Carlier C., Archéologie du fer en Lorraine. Minette et production du fer en bas fourneaux dans l’Antiquité et au Moyen Âge, Fensch Vallée Editions, Knutange, 2015, 372 p. 

Leroy M., Le Carlier C., Merluzzo P., – Entre bas et haut fourneau. L’utilisation de la minette de Lorraine au Moyen Âge : une parfaite adéquation avec la technique du bas fourneau, 4e congrès international d’archéologie médiévale et moderne, Medieval Europe Paris 2007 : l’Europe en mouvement, Paris, INHA, septembre 2007 (édition électronique Internet : medieval-europe-paris-2007.univ-paris1.fr), 18 p.

Leroy M. et Merluzzo P., Un protocole d’expérimentations de réduction en bas fourneau d’un minerai calcique (la minette de Lorraine), Les Nouvelles de l’Archéologique, n° 116, juin 2009, (dossier Archéologie expérimentale du bas fourneau), Editions de la Maison des Sciences de l’Homme, éditions Errance, Paris, 2009, pp. 17-22.

Les Rencontres Interdisciplinaires sur les Métaux (RIMs) ont pour but de constituer un lieu d’échanges et de discussion autour des recherches menées sur les métallurgies et les métaux dans les sociétés anciennes. Les aires chrono-culturelles concernées s’étendent de l’Orient à l’Occident et de la fin de la Préhistoire à l’Époque moderne. Les approches interdisciplinaires fondées sur l’exploitation croisée des sources archéologiques, textuelles, ethnographiques et archéométriques y sont privilégiées. Ainsi, les séances sont destinées à promouvoir la combinaison et l’interaction des disciplines et des sources pour alimenter les grandes problématiques qui mobilisent la communauté scientifique et auxquelles les métallurgies participent : essor, déclin, mutation, transfert, innovation, appropriation, contrôle, commercialisation, circulation, datation, stratégie économique, gestion des ressources, mentalité/perception des matériaux et des savoir-faire. Les Rencontres Interdisciplinaires sur les Métaux se présentent donc comme un outil de recherche à la fois méthodologique et historique. Elles se déroulent deux fois par an au sein de l’une des institutions d’Ile de France encadrant ces rencontres : Laboratoire Archéomatériaux et Prévision de l’Altération (NIMBE UMR3299 CEA/CNRS et LMC-IRAMAT UMR5060 CNRS), le laboratoire Histoire des Pouvoirs, Savoirs et Sociétés (HPSS, EA1571 de l’Université Paris 8) et le laboratoire Archéologies et Sciences de l’Antiquité. (ArScAn – UMR7041- CNRS / Université Paris Ouest / Université Paris 1 / MCC).

840 vues