Jeanne d’Arc de Fremiet : qui a été le modèle ?

La restauration de la statue équestre de Jeanne d’Arc à Nancy est pour nous l’occasion d’ouvrir à nouveau un débat sur le modèle choisi par Fremiet pour sa création :

Une première version nous a été donnée par la ville de Melbourne qui a choisi d’acquérir la statue équestre parce que le modèle pour Jeanne d’Arc était Marianna Mattiocco, la belle femme du peintre australien, Peter Russel, qui travaillait à Paris à l’époque. (lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Marianna_Mattiocco : l’article de wikipédia dit : “Claude Monet vante sa beauté. Marianna est à mainte reprise le modèle de Rodin : Buste en argent de 1888, Etude : buste de Mrs Russell (1890), et Pallas au Parthénon, Minerve, Cérès, en 1896, notamment. Elle est parfois désignée, en tant que modèle, sous le nom de Marianna Mattiocco Della Torre. Modèle de Harry Bates et de Carolus-Duran, elle pose aussi pour la Jeanne d’Arc de Frémiet dans sa version installée en 1889.”

On peut voir sur internet un buste de Marianna sculpté par Rodin et édité par le musée : la ressemblance est en effet visible. Quant au modèle “lorrain”, cette précision est lisible également sur le site wikipédia : “Aimée Girod (1856 (?) – mai 1937) était une paysanne lorraine, ayant posé pour le sculpteur Emmanuel Frémiet comme modèle pour sa statue équestre de Jeanne d’Arc de la place des Pyramides, à Paris. Emmanuel Frémiet la découvre à Domrémy alors qu’il cherchait à s’imprégner du lieu où Jeanne d’Arc avait passé sa jeunesse. Il trouve en elle une ressemblance frappante avec l’idée qu’il se faisait de la Pucelle d’Orléans et l’emmène à Paris où la jeune fille posera pour le sculpteur. Elle acquiert une notoriété éphémère lors de l’inauguration de la statue, puis sombre dans l’anonymat, puis dans la misère. Comme Jeanne d’Arc en mai 1431, elle meurt brûlée vive dans l’incendie de son immeuble, en mai 1937.

voir la fiche : http://e-monumen.net/patrimoine-monumental/monument-a-jeanne-darc-place-jeanne-darc-nancy/

La publication nancéienne fait allusion à ce modèle lorrain.  Mais de fait, ce qui est exposé à Paris, à Nancy, à Melbourne, à Lille… et dans bien d’autres endroits, c’est la seconde version, refaite par Fremiet.

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A propos de Melbourne : “C’est peu connu que la femme qui a été le modèle pour la Jeanne d’Arc d’Emmanuel Frémiet à Paris était australienne et qu’une réplique de la statue se trouve devant la grande Bibliothèque Publique au centre de Melbourne depuis 1906.La première version de cette statue fut inaugurée en 1874 sur la place des Pyramides, mais les Parisiens la jugèrent si sévèrement que, chaque fois que Frémiet passait devant la Pucelle, il ne la regardait pas. Heureusement, peut-être, en 1899, Frémiet fut informé que sa Jeanne d’Arc était menacée d’effondrement à cause de travaux souterrains au milieu de la place. Pour empêcher cette catastrophe, Frémiet exigea avec insistance que la statue soit apportée à son studio, où il la transforma : Jeanne devint plus haute (1,9 m au lieu de 1,7m), le cou du cheval plus mince, sa tête fut modifiée et une partie de son harnais supprimée.Alors, Jeanne, brandissant son drapeau, incarna la résistance, fortifiée par sa dévotion et sa résolution à atteindre son but. Le modèle pour Jeanne d’Arc a été Marianna Mattiocco, la belle femme du peintre australien, Peter Russel, qui travaillait à Paris à l’époque. Frémiet produisit deux moulages de sa nouvelle Jeanne, l’un pour Paris, où le public l’accueillit avec plus d’enthousiasme. L’autre fut envoyé à Melbourne, qui l’avait acheté pour 1 800 £.Mais pourquoi Melbourne, là-bas, de l’autre côté du monde ? Peut-être parce que, à l’époque, la ville -riche et fière- était la capitale du nouveau pays fédéral de l’Australie, qui n’existait que depuis le 1er janvier 1901. En plus, en 1904, le roi Edward VII avait signé l’entente cordiale entre le France et l’Angleterre, ce qui produisit une certaine francophilie. De toute façon, la voilà, Jeanne d’Arc, au sud de l’entrée principale de la bibliothèque de la ville, alors qu’au nord il y a le « Saint Georges et le Dragon » de Boehm : la parfaite balance.”

Soure : Richard Gunter, Doyen de faculté, Membre de la section AMOPA de Grande-Bretagne.  Revue de l’AMOPA n° 164 avril 2004.

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