Exposition : Baltard au musée d’Orsay

Victor Baltard (1805-1874). Le fer et le pinceau

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Le nom de Baltard évoque encore à tous les parisiens un lieu symbolique de la capitale bien qu’aujourd’hui disparu, les halles de Paris. Ce vaste édifice de verre et de métal, si souvent imité, fut à l’origine de l’immense renommée de l’architecte mais lui valut aussi l’incompréhension de certains historiens qui lui refusèrent la paternité de ce projet.
Personnage complexe, sinon ambivalent, Baltard fut en effet sans cesse tendu entre l’affirmation de l’aspect artistique de son métier et la soif de nouveautés techniques.

L’exposition a pour objectif de montrer que loin de diverger, ces deux préoccupations ont nourri conjointement sa créativité. Pour ce faire, elle rassemble des oeuvres de nature très variée (dessins d’architecture, maquette, photographies anciennes, gravures, peintures, mobiliers, vitraux, etc.) qui illustrent parallèlement les deux facettes de Baltard : l’artiste qui, proche d’Ingres et de Flandrin, dirigea la décoration des églises parisiennes puis de l’Hôtel de Ville, et le constructeur qui usa avec bonheur du métal et inventa, avec Haussmann, le nouveau visage de la capitale.

Commissaire : Alice Thomine-Berrada, conservateur au musée d’Orsay, avec la collaboration d’Isabelle Loutrel, conservateur des Monuments historiques à la Drac de la Champagne-Ardenne
16 octobre 2012 – 13 janvier 2013 – Musée d’Orsay
baltard
Charles Marville (1816-v.1878)Les Halles centrales, pavillon Baltard. Paris (Ier arr.)Vers 1860Paris, musée Carnavalet© Charles Marville / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

(Extrait de la présentation du musée d’Orsay)

L’essentiel de la carrière de Baltard est consacré au service de la Ville de Paris. Ses débuts ont sans doute bénéficié du soutien de son père et de ses beaux-frères, les architectes Jaÿ et Lequeux, qui exercent d’importantes responsabilités dans l’administration parisienne. Mais c’est à la recommandation d’Ingres et de son ami le sculpteur Gatteaux, conseiller municipal proche du préfet Rambuteau, qu’il doit, à son retour de Rome (1839), son premier poste d’importance : celui d’inspecteur des Beaux-Arts, en charge du décor des églises parisiennes.

Nommé architecte des halles centrales en 1845, il devient en 1848 responsable de l’Hôtel de Ville et des églises de Paris, puis des fêtes municipales en 1853. Avec l’arrivée d’Haussmann qu’il connaît depuis l’enfance et qui partage sa foi protestante, sa carrière trouve un nouvel et important appui : celui-ci le nomme en 1860 à la tête du tout nouveau service d’architecture de la Ville.
A l’automne 1870, estimant ses fonctions trop liées au régime qui vient de s’effondrer, Baltard donne à la Ville sa démission.

Reconstruire les halles

La reconstruction des halles, composées jusqu’à l’arrivée de Baltard de bâtiments anarchiques et vétustes, est l’aboutissement d’une histoire longue et complexe. Ce projet, dont la nécessité est acquise depuis longtemps, est concrètement lancé par les édiles municipaux sous la monarchie de Juillet. Baltard y réfléchit dès le début des années 1840. En 1845, après avoir proposé un premier projet à la demande de l’administration, il est officiellement nommé architecte des halles. Mais, du fait de ses importants enjeux, cette réalisation suscite des projets concurrents.

Le plus sérieux des rivaux de Baltard est Hector Horeau, architecte visionnaire, dont les propositions sont étudiées puis finalement écartées. Commencé en septembre 1851, le chantier connaît un véritable coup de théâtre le 3 juin 1853 : lors d’une visite, Napoléon III découvre la monumentale façade de pierre du premier pavillon et impose l’arrêt des travaux.  Ce rebondissement imprévu met gravement en cause Baltard et le confronte à plus d’une quarantaine de contre-projets.

Les halles de métal

La réaction de Baltard ne se fait pas attendre. Avec son associé Félix Callet, il propose, dix jours après l’arrêt du chantier, trois nouveaux projets dont l’un recourt exclusivement au métal. Ce matériau est en fait présent dans ses réflexions depuis longtemps.

A la suite des édifices les plus novateurs de son temps, comme la bibliothèque Sainte-Geneviève d’Henri Labrouste commencée en 1843, les dessins de Baltard pour les halles comportent une élégante structure métallique entourée de maçonnerie, plus ou moins visible selon les propositions.
Grâce au soutien d’Haussmann nommé préfet de la Seine à la fin du mois de juin 1853, son projet de pavillons de fer et de fonte est entériné. Malgré ce succès final, cet épisode laissera une marque indélébile sur la carrière de Baltard : on le soupçonnera longtemps d’avoir copié ses principaux concurrents.

Un long chantier

En février 1854, le chantier reprend. L’entrepreneur d’Argenteuil, Pierre François Joly, un des pionniers de la construction métallique, est associé aux calculs de structure et chargé du montage. Il fournit aussi les pièces en fer.

Les éléments en fonte, notamment les immenses colonnes de 10 mètres de haut, sont coulés dans la fonderie de Mazières, près de Bourges, ainsi que dans les établissements Muel, Whal et Cie dans la Meuse, avant d’être acheminés à Paris.

La masse des matériaux mis en oeuvre est considérable : pour le seul corps de l’Est, pas moins de 1500 tonnes de fonte et de fer. Les premiers travaux sont menés rapidement : les deux premiers pavillons sont inaugurés en octobre 1857 et l’ensemble du corps de l’Est (soit six pavillons) est terminé un an plus tard.
Quatre autres pavillons sont érigés plus lentement, de 1858 à 1874. L’ensemble n’est achevé que pendant l’entre-deux-guerres avec la construction des deux derniers, entourant la halle aux blés.

Un immense succès

Le succès populaire des halles s’explique par “l’engouement prononcé pour les constructions en métal [qui] dominent le goût public”, évoqué par Baltard dans sa Monographie des halles centrales de Paris (1863). L’architecte met en oeuvre dans cette réalisation les nouveaux matériaux industriels de façon tout à fait novatrice. L’enveloppe extérieure des pavillons se compose d’une structure métallique reposant sur un soubassement de brique et une assise en pierre brune des Vosges, ce qui procure un effet décoratif inédit.

Pour éviter l’usage des tirants qu’il juge peu fiables et inesthétiques, Baltard assure la rigidité des grandes portées par d’importantes consoles. Fin dessinateur, soucieux des questions ornementales, il donne un élégant décor aux éléments de fonte.
Revues professionnelles ou grands journaux de l’époque, comme L’Illustration ou L’Univers illustré, tous témoignent de l’émerveillement suscité par les qualités esthétiques de cette structure métallique, amplifiées par la lumière diffusée par les vastes baies latérales.

Une construction devenue modèle

Le succès architectural des halles leur vaut d’être abondamment copiées, tant en France qu’à l’étranger. Adoptant des matériaux industriels standardisés – le métal, le verre et la brique – ainsi qu’une composition modulaire permettant de réduire les coûts et de rentabiliser au maximum les espaces, leur système de construction est facile à imiter.
Baltard publie en 1863 la Monographie des halles centrales de Paris qui favorise la connaissance du bâtiment dans les milieux professionnels. Elle comprend 35 planches soigneusement dessinées et donne tous les détails de la construction, de l’insertion urbaine aux éléments métalliques en passant par l’aménagement des boutiques.

Vingt ans après l’inauguration des pavillons Est, les halles font plus que jamais office de modèle : à l’Exposition universelle de 1878, l’entreprise Joly présente une magnifique maquette, copie presque conforme d’un de ses pavillons.

Dans les églises parisiennes

Avec sa double formation de peintre et d’architecte, Baltard est particulièrement qualifié pour exercer ses premières fonctions, celles d’inspecteur des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
A ce titre, il supervise pendant plus de trente ans le décor des églises paroissiales de la capitale. Veillant à l’alliance nécessaire entre architecture et décoration, il fait travailler des peintres réputés et contribue à la conception du mobilier, des ornements, ou encore des vitraux.

La plus importante et la plus harmonieuse de ses réalisations dans ce domaine est le décor de l’église Saint-Germain-des-Prés conçu avec son proche ami le peintre Hippolyte Flandrin. A partir de 1848, en tant qu’architecte des églises de Paris, il est aussi appelé à entretenir, restaurer, aménager ou agrandir ces édifices religieux.
Ces expériences trouveront leur point d’aboutissement avec la construction de l’église Saint-Augustin où Baltard associera l’emploi du métal à un harmonieux décor.

Projeter la ville

Au même titre que ses constructions, les projets non réalisés de Baltard témoignent des réflexions que lui inspirent les transformations de Paris sous le Second Empire.
Dès 1856, il conçoit ainsi une vaste gare centrale, contemporaine de l’idée de chemin de fer souterrain qui devait relier les halles centrales au chemin de fer de la petite ceinture. Située près du Pont-Neuf, couverte de coupoles métalliques, cette gare devait résoudre de façon très moderne la question du transport dans la capitale.

En 1860, il propose au préfet Haussmann un projet pour la reconstruction du marché du Temple, adoptant une architecture de brique et de métal, riante et polychrome, qui annonce l’architecture utilitaire de la IIIe République. Enfin, dans ses dessins relatifs au nouvel Opéra, il imagine une façade au classicisme inspiré de la Renaissance, bien différente de celle du projet du lauréat, le jeune Charles Garnier.

A l’Hôtel de Ville

Lorsqu’il est chargé en 1848 de l’Hôtel de Ville de Paris, Baltard devient l’architecte responsable des lieux d’action et de représentation du pouvoir parisien. A ce titre, il poursuit les chantiers d’aménagement du bâtiment, en particulier la réalisation des décors.
Parachevant le prestige de cet ensemble, il conçoit le monumental surtout destiné à décorer la table municipale. Il mène aussi quelques interventions architecturales importantes : couverture de la cour d’honneur par une vaste verrière métallique et construction de l’escalier à double volée, conception des bâtiments annexes appelés à faire face au palais municipal, reconstruction du campanile du XVIe siècle devenu le point focal de la nouvelle perspective créée par l’avenue Victoria.

Très affecté par la chute de l’Empire et le siège de Paris, Baltard ne peut qu’être bouleversé par l’incendie qui fait disparaître le bâtiment en mai 1871. Dans l’espoir que son expérience puisse être utile, il participe en 1873 au concours lancé pour sa reconstruction.

Le marché et les abattoirs de La Villette

Comme les halles, la question des abattoirs est un problème essentiel de l’urbanisme parisien. Dans les années 1850, tant pour des raisons d’hygiène que de fonctionnalité, Haussmann fait adopter le principe de réunir tous les abattoirs parisiens en périphérie, à proximité d’un nouveau marché à bestiaux.
Fort de son expérience aux halles centrales, Baltard est chargé de concevoir le projet de ce vaste ensemble. Il laisse cependant à l’architecte Louis Adolphe Janvier le soin d’exécuter l’édifice.

Cette immense cité du sang est l’occasion de décliner un répertoire architectural variant en fonction de l’usage des édifices : classicisme pour les bâtiments de l’administration, modernité industrielle pour les halles du marché, pittoresque et polychromie pour les bergeries et bouveries.
Quelques années plus tard, sur le terrain des anciens abattoirs de la Villette-Popincourt, désaffectés du fait de cette nouvelle organisation, Baltard conçoit les bâtiments des Pompes funèbres générales.

Organiser les fêtes parisiennes

En 1853, Baltard est nommé architecte des fêtes de la Ville de Paris. Tradition héritée de l’Ancien Régime, l’organisation de fêtes publiques est encore une activité importante pour les architectes, à l’exemple de Viollet-le-Duc qui décore Notre-Dame pour le mariage de Napoléon III.
Baltard organise non seulement les réceptions ordinaires de la municipalité, mais aussi de prestigieuses cérémonies revêtant une grande importance politique, comme celles organisées pour la venue de la reine Victoria (août 1855) et le baptême du prince impérial (juin 1856).

Il est aussi appelé à célébrer les transformations de Paris lors de l’inauguration de nouvelles percées, notamment celles du boulevard de Sébastopol (1858), du boulevard Malesherbes (1861) et du boulevard du Prince-Eugène (1862).
Pour ces fêtes grandioses, l’architecte conçoit des constructions éphémères rendues féériques par une végétation luxuriante, des jeux d’eaux et de lumière. Bien souvent, celles-ci lui donnent l’occasion d’expérimenter des solutions architecturales susceptibles de devenir pérennes.

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