Exposition au Carré de Baudoin à Paris : les mondes imaginaires de M. Storr et les décors urbains

Carré de Baudoin à Paris : dans les mondes imaginaires de Marcel Storr,  le décor urbain

Marcel Storr  a créé une oeuvre étonnante, unique, que l’on classe dans l’art brut : il a été autodidacte et  a développé seul, de 1930 à 1975 une série de dessins d’églises, de plus en plus complexes, puis de villes, avec des architectures  foisonnantes où la perspective n’a plus de sens. Comme toutes les personnes à tendance paranoïaque, il a été obsessionnel, remplissant d’innombrables détails le moindre centimètre carré de ses papiers à dessins. Son oeuvre est influencée par l’évolution de Paris : les mégapoles apparaissent au moment où poussent les premières tours de la Défense.

Ce qui nous intéresse dans cette présentation, c’est la présence du décor urbain : près des églises, on peut voir (en s’approchant) des fontaines comme dans les jardins parisiens que connaissait Marcel Storr. Puis, quand les églises montent comme aspirées par le ciel, ce sont des statues en pinacle, comme si le Mont-Saint-Michel s’était multiplié sur tous les clochetons, les coupoles…


Puis, M. Storr passe aux mégalopoles : les fontaines prennent de l’ampleur ; les immeubles, les gratte-ciels, les tours qu’on imagine se finir dans les nuages s’insèrent dans un réseau de circulations des plus complexes. Des bateaux circulent sur des canaux, des véhicules aux airs de science-fiction roulent sur des voies comme des autoroutes. Il n’y a pas d’avions (comme généralement au-dessus de Paris). Dans cette circulation, dans ces réseaux, les ponts ressemblent aux ponts du XIXe siècle, suspendus, métalliques : ils ont un air de New York plus que de Paris.

Si on peut déduire quelque chose d’une telle création, c’est que la fontaine, la statue sont profondément ancrées dans l’imaginaire urbain. Comme dans les dessins d’enfant, l’art brut met en évidence ce qui aurait été occulté par un artiste qui se serait dit : “non, c’est un cliché !“. La ville, même délirante comme celle de Marcel Storr, ne peut se concevoir sans ce mobilier, constitutif intrinsèquement de la cité, de son atmosphère, de sa beauté.

Statue ou pas, fontaine ou pas (on ne sait rien du matériau), courrez voir cette exposition que présente (lignes ci-desous) la mairie de Paris.


Pour voir une sélection d’images (vue complète des dessins et détails)


http://www.mairie20.paris.fr/mairie20/jsp/site/Portal.jsp?document_id=19106&;portlet_id=656

L’oeuvre de Marcel Storr est à la fois intrigante dans le détail, époustouflante dans son ensemble. Elle regroupe une soixantaine de dessins de cathédrales et mégapoles imaginaires réalisés clandestinement par un cantonnier du bois de Boulogne, décédé en 1976 dans le plus complet anonymat. Il s’agit sans doute d’une des plus importantes découvertes d’art brut de ces dernières années en France.

Marcel Storr

On ne sait presque rien de lui. Il est mort il y a plus de trente ans et son oeuvre, clandestine, découverte par hasard par un couple d’amateurs d’art en 1971, n’a presque jamais été montrée. Pourtant Marcel Storr (1911-1976), simple balayeur au bois de Boulogne – ou “cantonnier d’empierrement saisonnier” des parcs et jardins de la Ville de Paris, selon son statut officiel – était un dessinateur de génie. Tout au long de son existence, il a poursuivi avec obstination la construction d’un univers parallèle au sein duquel il prenait chaque soir sa revanche contre sa condition ingrate et la misère de ses origines.

Enfant abandonné, placé par l’Assistance publique dans des fermes où il était battu, Storr, devenu sourd, condamné à l’illettrisme, a toujours aimé dessiner, et l’expérience amère de la vie a renforcé en lui le besoin d’accéder, par la voie symbolique, à un univers supérieur qui lui était refusé. Son oeuvre, jardin secret d’un autodidacte visionnaire, obsessionnellement inspiré, est un cas spectaculaire de résilience du don créateur malgré tous les obstacles et toutes les vicissitudes d’un destin contrarié.

L’exposition

Il n’existe qu’une soixantaine de dessins de Marcel Storr, s’échelonnant des années 1930 à 1975, et représentant exclusivement des architectures imaginaires. Tous figureront dans l’exposition. Parfois de très grandes dimensions et de plus en plus complexes au fil du temps, ces dessins sont coloriés au crayon ou aquarellés à l’encre, et extrêmement fouillés dans la période finale, celle des chefs d’œuvre des dix dernières années. Développant au départ un thème purement religieux, donc plutôt tournés vers le passé du temps des basiliques et des cathédrales, ces dessins s’orientent brusquement vers un futur de science fiction à partir de l’année 1965. C’est, par coïncidence, l’époque où apparaissent les premières tours de la Défense que Storr, quotidiennement, pouvait voir émerger de la cime des arbres sur son lieu de travail. Du premier au dernier, tous ces dessins manifestent une unique tendance : l’obsession de construire, d’inventer du jamais vu et de défier la pesanteur en s’élevant toujours plus haut vers le ciel. « Des tours, il faut des tours », répétait Storr en guise d’explication, convaincu que le Président des Etats-Unis viendrait en personne le consulter pour reconstruire Paris après une catastrophe nucléaire inévitable.

Du 16 décembre 2011 au 10 mars 2012, la mairie du 20e arrondissement et la mairie de Paris présentent l’exposition Marcel Storr, bâtisseur visionnaire au pavillon Carré de Baudouin. Entrée libre.

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