Comment séduire l’Australie ou la fonte d’art aux antipodes

Fontes d’art françaises en Australie

Micheline Casier

La revue Fontes n° 87 a publié en décembre 2002 une version de cet article, allégé de ses citations en anglais et avec des images en noir et blanc. En complément de cette édition, nous vous proposons le document plus complet avec les images en couleurs et  les liens conduisant aux sources utilisées. Cet article est intéressant parce qu’il permet de comprendre comment les fontes d’art françaises sont présentées puis vendues dans des pays lointains, qui plus est, anglophones qui sont plus ou moins des « chasses gardées » des productions anglaises.


Comment séduire l’Australie..

Des fontes d’art françaises aux antipodes.

C’est un singulier pays que l’Australie, cette grande île aussi vaste qu’un continent, placée aux antipodes de l’Europe et qui simule en bien des points un monde renversé” Oscar Wilde, La Chasse à l’opossum .

Cet article fait le point sur nos connaissances de fontes françaises en Australie. Internet permet aujourd’hui de “pister” les statues ou fontaines grâce à l’apport d‘internautes qui écrivent des articles ou diffusent des photos. Avec cet outil de recherche, nous pouvons non seulement découvrir de nouveaux mondes, mais également expliquer comment ces statues ou ces fontaines se retrouvent ainsi si loin de leur lieu de création ?

Micheline Casier

A Sydney, une statue du “Valet de chiens”

La sculpture d’André Jacquemart “Valet de chiens” semble avoir eu beaucoup de succès. 1. Le Royal Botanic Gardens en conserve un exemplaire. Comment est-elle arrivée là-bas ?

01ValetchiensSydney
Photo 1 : Valet de chiens Sydney photo sftrajan http://www.flickr.com/photos/sftrajan/3694340713/

Il faut remonter à l’époque des expositions universelles de la fin du XIXe siècle. A l’exposition de Paris en 1867, on parle déjà de l’œuvre de Jacquemart : “Une des pièces capitales de l’exposition de M.Barbezat et Cie est un groupe représentant deux chiens conduits par un piqueur. C’est une fonte offrant quelques difficultés, que le moulage a su vaincre très heureusement.” Créées pour présenter les réalisations industrielles des différentes nations, les expositions universelles constituaient la vitrine technologique et industrielle des participants, témoignant du progrès au cours de la révolution industrielle. C’est aussi l’occasion pour les artistes de se faire (re)connaître en proposant certaines de leurs œuvres, que ce soit dans le domaine de la peinture, de la statuaire ou de la céramique.

En 1878, l’Australie participe à la troisième exposition universelle de Paris : elle est représentée par Jules François de Sales Joubert, secrétaire de la Société d’agriculture de la Nouvelle-Galles du Sud (Agricultural Society of New South Wales). Qui est donc Jules François de Sales Joubert (1824-1907), français plus connu en Australie qu’en France ? 3

 

02joubert
Photo 02 Jules François de Sales Joubert photo http://adb.anu.edu.au/biography/joubert-jules-francois-de-sales-3874

Né à Angoulème en 1824, après des études à Bordeaux et au Collège Bourbon à Paris, il s’embarque comme passager sur la corvette Héroïne en 1839. Après avoir visité la Nouvelle-Zélande, il rejoint son frère Didier Numa Joubert, marchand en vins et spiritueux à Sydney. En 1841, il quitte Sydney en tant qu’interprète sur la corvette Aube et trois ans plus tard, il est nommé chancelier du consul français à Sydney, poste qu’il occupe jusqu’en 1848. Après la révolution de 1848, il démissionne de son poste au Consulat et part en Australie du Sud. Il est engagé dans diverses entreprises commerciales avec plus ou moins de bonheur. Puis il devient membre et secrétaire de la Société d’Agriculture de la Nouvelle-Galles du Sud : il encourage la Société à ne plus se centrer uniquement sur l’agriculture.

L’ Australian Town and Country Journal du 17 avril 1875 dresse un portrait de Jules François de Sales Joubert. 4

When the Agricultural Society began thus largely to extend their efforts for the promotion of the material interests of New South Wales and the neighbouring colonies, they deemed it necessary to secure the whole time of Mr. Jules Joubert for the management of their business, and appointed him as their permanent secretary, with a salary…. During a recent visit to Adelaide and Melbourne, Mr. Joubert advocated the desirability of having all the Australian colonies well represented in the American Centenary Exhibition, to be held at Philadelphia in 1876.

Il quitte ensuite l’ Agricultural Society of New South Wales et devient commissaire de The New South Wales commission. En 1878, il engage la participation de l’Australie à l’exposition de Paris. Tout naturellement, il invite la France en retour à se présenter à Sydney pour l’exposition qui doit se tenir du 17 septembre 1879 au 20 avril 1880 dans le Garden Palace.

Le 26 mars 1879, on trouve un entrefilet dans le journal The Sydney Morning Herald .:

France at the Sydney Exhibition. Paris, March 24.

A committee appointed by M. Girard (Minister of Agriculture and Commerce) in reference to the representation of France at the Sydney International Exhibition, recommends the Government to appoint three committees, for Agriculture, Manufactures, and Science, respectively.]

Dix jours après l’ouverture de l’exposition, le Sydney Morning Herald du 29 septembre 1879 écrit ceci 5 :

The important position which French articles occupy in the manufacturing world can easily be seen from the immense number, variety-, and excellence of two exhibits in the French Court. We have already described the handsome collection of Christofle and Co., and now will refer to some exhibits near them and placed on view at the south end of the nave, and close to the entrance at that quarter to the Palace. These exhibits are a collection of figures and articles in bronze, useful for garden ornaments, for the decoration of halls, or, in some cases, even for drawing rooms. They are from the manufactory of A. Durenne at Sommevoire, and are of much interest to all who can admire evidences of art in castings of this description, and appreciate the great efforts which the skill of man puts forth in the manufacturing industries to produce articles which beautify our homes, and make life more enjoyable than it otherwise might be….

Using the French term for style of manufacture shown in two exhibits, the collection is one of “fonte d’art”. There are numbers of figures in various attitudes, and representing subjects which would be appropriate for hall or porch, or garden wall ; fountains, of novel and attractive design and of various sizes – one being very large and very suitable for a street fountain ; busts of notables individuals, statuettes for churches; plates of metal, with various interesting designs raised upon on their surface, suitable for decorating gates, or the walls of buildings, into which the plates would be inserted ; a pair of dogs, larger than life-size, and of very fine apparance ; and several other articles of equal interest….

The firm of Durenne is one of the largest who engage in these manufactures in France. The works are extensive, over five hundred workmen are employed ; branch houses are established in Paris, Marseilles, Rouen, and Le Havre, and grand prizes-gold medals and diplomas of honour have been awarded to the firm – the director of which is M. Durenne: and he, for the services he has performed in relation to manufactures, enjoys the distinction of an officer of the Legion of Honour.

Après l’exposition, l’Illustrated Australian News du 9 octobre 1880 décrit avec force détails les différents pavillons qui ont été présentés à Sydney. 6

European Countries. There are two sections in the French court. The main exhibits are arranged in the annexe which is approached from the central avenue, and the collection of fine arts is displayed in main building. In addition to a large collection of paintings, the fine arts section also embraces a numerous collection of bronzes and imitation bronzes, which are contributed chiefly by two well-known manufacturing firms — Société du Val d’Osne and A. Durenne.

03SydneyFrench Court
Photo 03 Photographie de l’intérieur du pavillon français à Sydney en 1879. http://www.powerhousemuseum.com/collection/database/?irn=391808&;search=sydney+international+exhibition+1879&images=on&c=&s

C’est uniquement par la note du Royal Botanic Gardens de Sydney que nous connaissons l’existence de la statue “Valet de Chiens” exposée en 1879. Il semble que cette statue soit restée dans les jardins du Garden Palace après l’exposition. Le Garden Palace avait été construit en huit mois dans le parc de Sydney (actuel Royal Botanic Gardens) pour l’exposition par l’architecte James Barnet.

04GardenPalace Sydney
Photo 04 Garden Palace à Sydney http://www.flickr.com/photos/powerhouse_museum/4067534914/in/set-72157622591022309/

Le 22 septembre 1882, il est la proie des flammes et est entièrement détruit. Ce qui nous vaut cette photo un rien surréaliste de la sculpture du “Valet de Chiens” devant des ruines.

05After the fire - The Garden Palace
Photo 05 – Après l’incendie à Sydney http://www.flickr.com/photos/state-records-nsw/8005393749/

Cette sculpture se trouve dorénavant dans les Royal Botanic Gardens à Sydney.

Une autre sculpture du “Valet de chiens” à Melbourne.

Cette statue se trouve dans un grand jardin privé ouvert au public, Forest Glade Gardens, à Mount Macedon (à environ 70 km. de Melbourne) et est signée “Val d’Osne”. Comment cette sculpture s’est-elle retrouvée dans ce jardin ? Les portes de l’exposition universelle de Sydney à peine refermées, que s’ouvrent celles de Melbourne. Du 1er octobre 1880 au 30 avril 1881 se tient donc la Melbourne International Exhibition. Le Camperdown Chronicle du 16 janvier 1880 écrit que le ministre français du commerce encourage la Chambre de Commerce à participer à l’exposition de Melbourne. 7

Representations of France at the Melbourne Exhibition.

The French Minister of Commerce issued a circular to the French Chamber of Commerce, directing their attention officially to the Intercolonial Exhibition to be held in Melbourne in 1880, and urging them to take mesure for the proper representation of French manufactures and products thereat.

C’est probablement Richard Twopeny (1857-1915) qui fut le lien entre la France et l’Australie. Celui-ci, né en Angleterre, mais ayant passé une partie de son enfance en France, avait rencontré Jules François de Sales Joubert à Paris. Il était secrétaire de la South Australian Royal commissions pour les expositions de Paris (1878), de Sydney (1879) et de Melbourne (1880). 8

La France fut représentée par deux commissaires généraux : M.G. Berger, à Paris, et  M. Belcour, consul à Melbourne. Voici la lettre de remerciements adressée à M.Belcour lors de son départ de Melbourne parue dans The Argus du 15 mars 1882. 10

The late consul-general for France.

The following letter has been addressed to M Belcour, late consul-general for France, in recognition of the services he rendered in connexion with the Melbourne Exhibition.

Melbourne, 11th March, 1882

Sir, the commissioners for the Melbourne International Exhibition have received with very great regret your letter of the 25th ult, in which they are informed that your official relations with their body would shortly cease, in consequence of your immediate return to France.

The relations which have existed between the commissioners and yourself throughout the 20 months during which you have held the position of Commissioner-General for France have been of the most cordial and friendly description, and the commissioners and officers of the Melbourne Exhibition, invariably experienced the kindest, most courteous, and considerate treatment at your hands.

While always ready to advance by every legitimate means in your power the interests of the French exhibitors, you yourself and the other officers attached to the French Commission were careful to discriminate between just and well-grounded claims, and those which had not any proper foundation.

The success of your policy is shown in the large number of prizes gained by the French exhibitors, and by the impetus which has been given during the last 20 months to the commerce between this country and France.

In bidding you adieu, Mr Commissioner-General, we only express a feeling which we feel sure is shared by every member of the commission and by its officers, when we again express our sorrow at the loss which the colony of Victoria will suffer from the departure of a gentleman who has filled his office with such singular tact, zeal, courtesy, and energy.

We have the honour to be, Sir,

Your most obedient servants,

J J CASEY, Executive Vice President

JAMES MUNRO Vice President

GEO COLLINS LEVEY, Secretary

M J Belcour, Commissioner General for Franco, Melbourno International Exhibition 1880-81.

Le Royal Exhibition Building construit dans les Jardins du Carlton par l’architecte Joseph Reed existe toujours. Il nous reste quelques documents de cette manifestation, entre autres, des photos.

06French Court Melbourne
Photo 06 French Court Melbourne 1880-1881 http://museumvictoria.com.au/collections/items/1563099/photograph-french-court-temporary-annexe-exhibition-building-1880-1881
07Valet chiens Melbourne
Photo 07 Valet chiens Melbourne http://museumvictoria.com.au/collections/items/1563151/photograph-french-fountain-eastern-forecourt-exhibition-building-1880-1881

Sur l’une d’entre elles on remarque le “Valet de chiens”, elle est exposée sur l’esplanade devant les bâtiments de l’exposition.

View of the French sculpture exhibits and original fountain in the eastern forecourt of the Exhibition Buildings, Carlton Gardens, between 1 October 1880 and 30 April 1881. Although it is unclear when the fountain was removed, photographs showing the eastern forecourt in the early twentieth century already reveal that the fountain had been replaced by the current design, manufactured by Antoine Durenne.

In the right foreground stands an ‘imitation bronze’ cast of Alfred Jacquemart’s ‘Hunter and Dogs’, the exhibitor’s name – the Societe du Val d’Osne – mounted on a plaque on the stone plinth. ‘Imitation bronze’ was a technique of casting iron and then coating the surface with copper through electrolysis. The copper would develop a green patina over time, giving the appearance of a bronze casting. Val d’Osne were responsible for the casting of many of Jacquemart’s sculpture works produced for commercial realease, and their exhibit included numerous cast sculptural works in the gardens around the fountain, many of which can be seen in this photograph. They were awarded a First Order of Merit for their work.

A la fin de l’exposition de Melbourne, que devient le “Valet de chiens” ? Il semble que la statue soit restée à Melbourne dans le Exhibition Building et aurait été légèrement endommagée en 1953 lors de l’incendie de l’aquarium, se trouvant dans un bâtiment annexe.

Un commentaire posté sur ce blog 11 conteste que la statue soit restée dans le Palais des expositions. Elle aurait été acquise par une famille habitant Camberwell (Etat de Victoria), ensuite elle aurait été transportée à Ringwood (Toujours Etat de Victoria) pour aboutir enfin à Forest Glade Gardens où elle est bien mise en valeur.

« Huntsman and Dogs was cast by the Val d’Osne Company and two copies were sold to Australia – one to the Sydney Gardens, the other to a family living in Melbourne at the corner of Burke Road and Myrniong Grove, Camberwell, which became a showpiece for tourists long before World War I. Their daughter married Mr. J. F. S. Allan, and the sculpture was transported to its present site [that is, in 1992] at 330 Canterbury Road, at the corner of Wantirna Road, Ringwood. The Melbourne sculpture was at one stage exhibited in the sculpture court at the Nicholson Street entrance to the Exhibition Building, as photographed by Nicholas Caire in 1881. » Source: Edwin Wilson, The Wishing Tree (Sydney, Kangaroo Press in association with the Royal Botanic Gardens Sydney, 1992), p. 96.

08Valet forestGlade
Photo 08 Valet de chiens Forest Glade gardens http://museumvictoria.com.au/about/mv-blog/?tag=international%20exhibition

  Des fontaines Durenne à l’exposition universelle de Melbourne.

Sur les photographies d’époque, on retrouve le “Valet de Chiens”, mais aussi une fontaine Durenne entourée de putti.

09Fontaine Durenne
Photo 09 Fontaine Durenne http://museumvictoria.com.au/collections/items/1563136/photograph-french-fountain-eastern-forecourt-exhibition-building-1880-1881

View of the original French Fountain in the eastern forecourt of the Exhibition Buildings, Carlton Gardens, between 1 October 1880 and 30 April 1881. Although it is unclear when the fountain was removed, photographs showing the eastern forecourt in the early twentieth century already reveal that the fountain had been replaced by the current design, manufactured by Antoine Durenne.

C’est le modèle DUR_1889_PL373 – Vasque AJ (catalogue Durenne 1889) http://www.e-monumen.net/index.php?option=com_volumen&;volumenTask=volumenDetails&catid=27&volumenId=3697&Itemid=

D’après la légende de la photo de 1880, la fontaine semble avoir été enlevée (on ne sait pas ce qu’elle est devenue) et une autre fontaine française de Durenne aurait été installée à la fin de l’exposition dans les Carlton Gardens devant le Building des Expositions où elle se trouve toujours.

Il s’agit de la dénommée French Fountain qui se trouvait à l’intérieur d’une serre aux fougères “The Fernery”. La fontaine est composée de trois figures d’enfants, chacun soutenant un dauphin et une vasque en forme de coquille couronne le tout.

10Melbourne fernery
Photo 10 dessin de la French Fountain dans la serre . Dessin Melbourne : David Syme and Co. 1880

 

 

11CP french fountain
Photo 11 ancienne carte postale

 

 

 

 

Une carte postale ancienne vers 1909 montrant la fontaine encore en place

 

 

This is a colour postcard depicting the eastern forecourt of the Exhibition Building including the French Fountain and statues, circa 1909. The postcard, which was printed in Germany, was sent from Melbourne to George Sorlik Esq, Tivoli Theatre, Sydney, New South Wales. Et cette fontaine est toujours en bonne place dans les Carlton Gardens à Melbourne.

The French Fountain, Exhibition Building, Carlton Gardens.
Photo 12 French Fountain Melbourne photo Chris&Steve http://www.flickr.com/photos/c-j-b/1432862604/

 

 

 

Details of a patinated fountain
Photo 13 French fountain détail photo thaths http://www.flickr.com/photos/thaths/4311697375/

 

Mais est-ce vraiment une fontaine coulée chez Durenne ? Aucun catalogue ni aucune fiche Monumen ne permet actuellement de l’affirmer. Pourtant, il ne semble y avoir aucun doute sur son origine française.


A Launceston, une fontaine “Val d’Osne”

Si les expositions universelles ont contribué à faire voyager les statues et les fontaines, on en trouve aussi qui sont parfois arrivées par des chemins détournés. A Launceston (en Tasmanie) existe une fontaine dont on vous a déjà raconté la curieuse histoire.

La ville de Launceston, dans les Cornouailles (Royaume-Uni) commande à la fonderie du Val d’Osne une fontaine modèle 554T admirée et primée à l’exposition universelle de 1855.  Mais une erreur d’expédition fait confondre Launceston (Cornouailles) et Laucenston (Tasmanie)  à 17 500 km de là. Devant les coûts de réacheminement, la ville décide de garder la fontaine, l’installe en 1859 au centre de la ville, actuellement la seconde de Tasmanie, place « Prince’s Square ». 12 Il semblerait pourtant que cette erreur de destinataire soit une légende.

Un document édité en 2007, 13 signale qu’en janvier 1853, on s’interroge comment mieux approvisionner la ville de Launceston en eau en détournant une rivière.

En 1856, on estime les travaux à ₤ 28.000, y compris une fontaine de ₤ 500 sur le square St Johns, actuel Prince’s square. Les travaux sont terminés en 1857. La fontaine fut commandée à un fabricant parisien [on sait par ailleurs qu’il s’agit de Barbezat, Val d’Osne] qui exposait à Londres en 1851. Celle-ci fut complètement installée en 1859.

Voir fiche sur Monumen  et la fiche de la planche VO2_PL554

L’article publié dans le journal The Argus Melbourne du vendredi 4 mars 1859 14 nous conforte dans la même idée ; cette fontaine a bien été commandé par la ville de Launceston en Tasmanie. Les inscriptions désignant les sculpteur, statuaire et fondeur, ainsi que les noms du maire et des échevins étaient déjà gravés en lettres de cuivre quand elle arrivée en Australie.

Les inscriptions

1er. Launceston Water Works, MDCCCLVII, 2e. Maire, Henry Dowling, Esq;. 3e. Échevins John Crookes, Francis Evans, John Fawns, Esqrs;. 4e. Échevins Henry Allison, W.H. Clayton, Joseph Cohen, Esqrs.

Sur les coins inférieurs de la base sont inscrits : “Barbezat et Cie, Maître de Forges, Fonderies du Val d’Osne, M. Moreau, Statuaire,. Liénard, Sculpteur.

The bronzed fountain for St. John’s square, LAUNCESTON.-This noble piece of workmanship having arrived by the Monsoon, is now being unpacked in the Water Works yard, Cameronstreet. It is manufactured of cast iron, which is bronzed over. There are four very splendid figures in sitting postures at the base, representing, we should think (for in Mythological matters we won’t be positive) Neptune,Ceres,Apollo, and Flora, and between these figures the central column is ornamented with what appears to be rock work, and leaves of the lotus. The figures, much above life size, are exquisitely proportioned, and display the anatomy of  » the human form divine » in a most masterly manner. The sinewy and muscular bodies and limbs of Neptune and Apollo constitute a striking contrast to the beautifully-rounded forms of the  » gentle Goddesses ».

From the appearance of the figure of Neptune as it sits, we should think if standing it would measure about nine feat in height. Statues of four chubby children are intended to ornament the upper part of the column. On the four sides, over the heads of the large figures, are the following inscriptions, in brass letters :-1st. Launceston Water Works, MDCCCLVII ; 2nd. Mayor, Henry Dowling, Esq.; 3rd. Aldermen John Crookes, Francis Evans, John Fawns, Esqrs.; 4th. Aldermen Henry Allison, W.H. Clayton, Joseph Cohen, Esqrs. On the lower corners of the base are inscribed, « Barbezat et Cie, Maître de Forges, Fonderies du Val d’Osne, Mth. Moreau, Statuaire ; Lienard, Sculpteur. We think the Mayor must have been slightly in error when he stated some £40 or £50 to be the price of the bronzed fountain, but if not, we think we could procure him orders for a dozen or two. – Cornwall Chronicle.

[La fontaine de bronze square St John (ancien nom du Prince’s square), LAUNCESTON]

the Monsoon (littéralement la mousson, mais c’ est le nom d’un bateau) 70 ans plus tard, le Journal Examiner du 28 septembre 1933 en réponse à l’interrogation d’un lecteur cite un procès-verbal du Conseil municipal du 7 décembre 1857 acceptant la commande d’une fontaine à Paris “pas en bronze, mais en fonte bronzée” lors du mandat du maire M. Henry Dowling. Cette fontaine avait été acceptée pour £ 800 mais le prix final fut d’environ £ 1000. L’article se termine en disant que c’est la plus belle fontaine en Australie. 15

« FINEST IN AUSTRALIA »

Prince’s Square Fountain Visitor’s Warm Praise

Admiration for the fountain in Prince’s Square has promoted the following letter from « Visitor »: « All visitors to Launceston endowed with aesthetic tastes must admire the remarkable fountain which adorns Prince’s Square. After making various enquiries, I have failed to obtain any correct information as to the name of the artist who produced that beautiful work of art ; when it was placed in its present position, and to whom must be attributed the honour of bestowing on the city so magnificent a gift.  » I think I am right in saying that a similar piece of statuary is not to be found anywhere else in Australia. « Possibly one of your readers may be able and winning to supply the in formation which I have hitherto sought in vain. »

In 1857 it has been ascertained from the minutes of the Launceston City Council of December 7, 1857, that it was agreed to send to Paris for a fountain « as per plans produced. » Mr. Henry Dowling, who was Mayor when the proposition was mooted, was charged with wasting public money by purchasing a fountain for £800. This was regarded as a great extravagance. The council eventually spent about £1000 on it. The fountain is not bronze, but, as pointed out yesterday by Mr. W. McGowan, superintendent of reserves, is cast iron bronzed over. It is a copy of a fountain in France. In September, 1859, the water was actually turned on. Mr. McGowan agreed whole-heartedly with « Visitor, » that it is the finest fountain in Australia.

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Photo 14 détail de la fontaine (on voit bien l’inscription Moreau statuaire et Liénard sculpteur Photo p medved http://www.flickr.com/photos/ppix/6012410027/sizes/o/

A Melbourne, une statue de “Jeanne d’Arc”

En ce 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, nous avons aussi découvert une statue équestre de notre héroïne par le sculpteur Emmanuel Fremiet. 16

15JA Melbourne
Photo 15 statue de Jeanne d’Arc à Melbourne photo de Adrian in Japan //www.flickr.com/photos/98599181@N00/2763369601/

Le choix de cette statue a été contesté par les Australiens. En février 1905 Bernard Hall, le directeur de la National Gallery of Victoria, arrive à Londres pour acheter des œuvres pour Melbourne, suite au legs d’Alfred Felton. Il recherche entre autres un bronze monumental qui serait le pendant de la statue de St Georges sur la terrasse de la Bibliothèque. Il arrive ensuite à Paris et visite l’atelier de E.Fremiet, un artiste déjà bien connu. Celui-ci propose une statue de St Georges également. Mais après délibération, on lui préfère une copie de la Jeanne d’Arc équestre, placée à Paris sur la place des Pyramides en 1874. On convient d’une somme de £ 1800, l’artiste supervise une nouvelle coulée de sa statue qui est prête à être expédiée à Melbourne en octobre 1906. 17

Dans le journal The Argus, on attaque Hall et les commanditaires “d’avoir trahi la Nouvelle Australie en mettant en place l’image d’une Française morte comme un monument national australien”. “Une statue de Jeanne d’Arc érigée dans une ville australienne est une bêtise presque inconcevable”. Frémiet avait lui-même pensé que le choix de Hall pour Jeanne d’Arc était audacieux, qui « pourrait choquer quelques-uns des vos compatriotes”. Mais à l’inauguration de la statue en février 1907, l’enthousiasme de la population gomme un peu l’effet négatif suscité par la controverse.

Micheline Casier

Fiche Monumen  : Jeanne d’Arc  Melbourne


Notes

1. Dans la Base Monumen, nous connaissons déjà l’existence d’une réplique à Bad Ischl en Autriche, dans le parc de la Kaiservilla, palais d’été de l’empereur François-Joseph Ier et de l’impératrice Elisabeth (mieux connue sous le nom de Sissi). Elle a été offerte par la reine Victoria d’Angleterre. Cette statue est surnommée “Der Lauscher” c’est-à-dire “L’espion”, peut-être parce que le Valet a la main derrière l’oreille pour mieux écouter.

http://en.wikipedia.org/wiki/File:BadIschlKaiservilla3.jpg

On la retrouve aussi en France dans le parc du château de Courcelles-sous-Moyencourt (Somme) ainsi qu’à Nice (Université Sophia-Antipolis). Il y aurait encore d’autres exemplaires à Beverly Hills (Californie), à Haarlem (Pays-Bas), à Lode (Angleterre), à Sharon (Pennsylvanie).

2. Voir revue Fontes N° 86 septembre 2012, page 24.

3. http://adb.anu.edu.au/biography/joubert-jules-francois-de-sales-3874

4. Australian Town and Country Journal du 17 avril 1875 http://trove.nla.gov.au/ndp/del/article/70490312

5. The Sydney Morning Herald 29 septembre 1879

http://trove.nla.gov.au/ndp/del/article/13441233

6. Illustrated Australian News 9 octobre 1880 http://trove.nla.gov.au/ndp/del/page/5731092?zoomLevel=3

7. Camperdown Chronicle 16 janvier 1880

http://trove.nla.gov.au/ndp/del/article/34468862

8. http://adb.anu.edu.au/biography/twopeny-richard-ernest-nowell-984

9. http://cnum.cnam.fr/CGI/fpage.cgi?8XAE349.1/309/100/392/25/391

10. The Argus 15 mars 1882.

http://trove.nla.gov.au/ndp/del/article/11534886?searchTerm=melbourne%20exhibition%201880%20france&;searchLimits

11. http://museumvictoria.com.au/about/mv-blog/?tag=international%20exhibition

12. http://www.fontesdart.org/la-fonte-dart/les-themes-de-la-fonte-dart/fontaines/937-lhistoire-particuliere-de-la-fontaine-de-launceston-tasmanie

13. http://www.engineersaustralia.org.au/sites/default/files/Launceston_Water_Supply_Nomination.pdf

14. The Argus Melbourne 4 mars 1859

http://trove.nla.gov.au/ndp/del/article/5677373

15. Examiner du 28 septembre 1933 http://trove.nla.gov.au/ndp/del/article/51839433?searchTerm=launceston%20fountain%201859&;searchLimits=

16. En 1874, la statue de Jeanne d’Arc équestre du sculpteur Emmanuel Fremiet est inaugurée à paris, sur la Place des Pyramides. Son modèle est, semble-t-il, une jeune lorraine de 18 ans. “Fremiet, sculpteur plutôt animalier, ne sera pas satisfait de son oeuvre. Il jugera que le cheval n’était pas à l’échelle de la cavalière. Il la reproduira à la demande de la ville de Nancy, en 1889, en réduisant la taille du cheval, en ajoutant un chanfrain pour dissimuler sa tête et en supprimant le harnais autour de la croupe”. http://www.insecula.com/oeuvre/O0013631.html

Profitant des travaux du Métropolitain — c’était en 1898 — qui nécessitèrent l’enlèvement momentané de la statue, Fremiet profita de cette occasion pour substituer à la première Jeanne d’Arc le deuxième modèle qu’il préférait.

http://www.france-pittoresque.org/article-1898-substitution-de-la-statue-de-jeanne-d-arc-105105577.html

Le critique Paul Mantz, écrit dans Le Temps en 1889, que la nouvelle Jeanne de Fremiet est moins jeune, plus femme. Que le modèle de sa nouvelle Jeanne pourrait être sa propre fille, Marie, épouse de Gabriel Fauré.

Voir note N° 16

http://nishi.slv.vic.gov.au/latrobejournal/issue/latrobe-81/t1-g-t5.html

17. http://nishi.slv.vic.gov.au/latrobejournal/issue/latrobe-81/t1-g-t5.html

Illustrations

Photo 01Valet de chiens Sydney photo sftrajan

http://www.flickr.com/photos/sftrajan/3694340713/

Photo 02 Jules François de Sales Joubert

http://adb.anu.edu.au/biography/joubert-jules-francois-de-sales-3874

Photo 03 Photographie de l’intérieur du pavillon français à Sydney en 1879.

http://www.powerhousemuseum.com/collection/database/?irn=391808&;search=sydney+international+exhibition+1879&images=on&c=&s

http://www.flickr.com/photos/powerhouse_museum/4066804407/in/set-72157622591022309/

Photographic print, mounted in album, interior view, the French court in the 1879 Sydney Exhibition ‘Garden Palace’ building, paper / albumen / silver, photographed by Messrs Richards and Company for the International Exhibition Commissioners, Sydney, New South Wales, Australia, 1879-1880

Photo 04 Garden Palace à Sydney

http://www.flickr.com/photos/powerhouse_museum/4067534914/in/set-72157622591022309/

Photo 05 – Après l’incendie à Sydney

http://www.flickr.com/photos/state-records-nsw/8005393749/

After the fire – The Garden Palace
[NRS 4481 SH1418]
On September 22nd 1882 the Garden Palace fire occurred. The Garden Palace was built in only eight months to house the Sydney International Exhibition in 1879 in the southwestern end of the Royal Botanic Gardens. At the time of the fire a number of government departments housed records in the Palace so that when fire completely engulfed the timber building a number of significant documents, such as the 1881 Census, were destroyed.

Dessins de l’incendie

http://thisisntsydney.blogspot.be/2005/09/garden-palace.html

Photo 06 French Court Melbourne 1880-1881

http://museumvictoria.com.au/collections/items/1563099/photograph-french-court-temporary-annexe-exhibition-building-1880-1881

View of the interior of the French Court in the central temporary annexe on the western side of the main avenue at the 1880 Melbourne International Exhibition held at the Exhibition Buildings, Carlton Gardens, between 1 October 1880 and 30 April 1881.

Photo 07 Valet chiens expo Melbourne

http://museumvictoria.com.au/collections/items/1563151/photograph-french-fountain-eastern-forecourt-exhibition-building-1880-1881

Photo 08 Valet de chiens Forest Glade gardens

http://museumvictoria.com.au/about/mv-blog/?tag=international%20exhibition

Photo 09 Fontaine Durenne

http://museumvictoria.com.au/collections/items/1563136/photograph-french-fountain-eastern-forecourt-exhibition-building-1880-1881

View of the original French Fountain in the eastern forecourt of the Exhibition Buildings, Carlton Gardens, between 1 October 1880 and 30 April 1881. Although it is unclear when the fountain was removed, photographs showing the eastern forecourt in the early twentieth century already reveal that the fountain had been replaced by the current design, manufactured by Antoine Durenne.

Photo 10 dessin de la French Fountain

Dessin Melbourne : David Syme and Co. 1880

http://search.slv.vic.gov.au/primo_library/libweb/action/search.do?dscnt=0&;frbg=&tab=default_tab&dstmp=1351323618949&srt=rank&ct=search&mode=Basic&dum=true&indx=1&vl%28freeText0%29=The+Fernery%2C+with+fountain%2C+1880&fn=search&vid=MAIN

Photo 11 ancienne carte postale
http://museumvictoria.com.au/collections/items/255307/postcard-eastern-forecourt-french-fountain-exhibition-building-melbourne-circa-1909

This is a colour postcard depicting the eastern forecourt of the Exhibition Building including the French Fountain and statues, circa 1909. The postcard, which was printed in Germany, was sent from Melbourne to George Sorlik Esq, Tivoli Theatre, Sydney, New South Wales

Photo 12 French Fountain Melbourne photo Chris&Steve

http://www.flickr.com/photos/c-j-b/1432862604/

The French Fountain, Exhibition Building, Nicholson Street entrance, 

Carlton Gardens. Artist: Unknown. Description: Bronze fountain with granite plinth. c. 1880.

During Melbourne’s International Exhibition of 1880, the French Fountain formed the centrepiece of the exhibition’s fernery. It was later transferred to a flowerbed at the eastern entrance to the Royal Exhibition Building. An elegant work, the bronze fountain features three youths, each supporting a dolphin, above which rests a cupped scallop shell. The fountain forms the centrepiece of a round garden bed, and its waters flow into the large, concrete pool in which it sits.

Photo 13 French fountain détail photo thaths

http://www.flickr.com/photos/thaths/4311697375/

Photo 14 détail de la fontaine (on voit bien l’inscription Moreau statuaire et Liénard sculpteur

Photo p medved

http://www.flickr.com/photos/ppix/6012410027/sizes/o/

Photo 15 statue de Jeanne d’Arc à Melbourne photo de Adrian in Japan

//www.flickr.com/photos/98599181@N00/2763369601/« >http://www.flickr.com/photos/98599181@N00/2763369601/

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