Clos Saint-Jean : de Champenois à Yto

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Cyrus Hall McCormick, Raymond Wallut : l’entrée en France

catalogue-McCormick-1900_lightboxL’histoire de l’International Harvester Company (IHC) en France trouve ses origines comme aux États-Unis avec la firme McCormick. C’est en 1855, lors de la première Exposition universelle à Paris, que Cyrus Hall McCormick foule le sol Français pour la première fois. Venu présenter sa moissonneuse « Virginia Reaper », il repart récompensé par le jury qui lui décerne le premier prix de l’Exposition.

Plusieurs présentations les années suivantes de ses moissonneuses sans cesse améliorées permettront à McCormick de figurer parmi les symboles de la révolution industrielle et agricole. Nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1867, McCormick est promu au rang d’Officier en 1878, et rentre finalement en 1879 dans le cercle très fermé de l’Académie des Sciences comme membre correspondant.

En 1885, alors que Cyrus Hall McCormick est déjà décédé depuis un an, les premières moissonneuses sont importées en France à l’occasion d’une nouvelle Exposition universelle à Paris. Ce sont apparemment aux Ets Francey à Tonnerre dans l’Yonne que revient la vente de ces premiers exemplaires.

mac_cormick_1900Raymond Wallut

En 1891, un ancien marin militaire, Raymond Wallut, fonde avec Georges Hoffman, déjà acteur dans le machinisme agricole, une société d’importation et de commercialisation de machines agricoles, la R.Wallut & Cie, basée à Paris. L’exclusivité de la distribution des matériels McCormick leur est désormais concédée.

Les Ets Faul, également à Paris, commercialisent eux la marque Deering à partir de 1995. Future marque du groupe IHC, Deering est encore à cette époque-là un concurrent à part entière de McCormick.

1905 : naissance de la Cima

McCormick 6Si l’année 1902 connaît la naissance de l’International Harvester Company aux États-Unis, il faut attendre 1905 pour que soit réorganisée la distribution de la nouvelle entité en France. Alors que les Ets Faul renoncent apparemment à poursuivre la distribution des matériels Deering, et deviennent à cette occasion distributeur des matériels John Deerre, la CIMA (Compagnie Internationale des Machines Agricoles de France) est créée. Constituée avec un capital de 500 000 francs-or, elle passe des accords avec l’IHC pour exploiter les brevets et assurer la distribution des matériels Deering en France. D’autres marques du groupe IHC font partie du catalogue de la CIMA, comme Osborne et Keystone. Le siège social est à Paris, mais rapidement trois succursales assurent la distribution en province.

En 1909, la CIMA crée une usine à Croix Wasquehal dans le Nord, dont la première vocation est la fabrication de matériel de fenaison. En 1912, le site s’adjoint d’une ficellerie ultramoderne pour l’époque, dont la production d’avant-guerre s’exporte en plus des besoins du marché Français.

En 1906, R.Wallut & Cie qui a gardé l’exclusivité de la marque McCormick crée une usine à Montaire dans l’Oise. Les matériels fabriqués sous licence dans cette usine portent la marque « Montataire ».

En outre, la société Wallut commercialise des marques étrangères au groupe IHC, dont les routières Ransomes, Bamford, et les moteurs Ruston-Hornsby.

Les premiers Titan 25 et 45 sont présents dans le catalogue de la CIMA dès 1911, mais l’importation réelle et massive de tracteurs ne sera effective qu’au sortir de la première Guerre mondiale avec le Mogul 8-16 McCormick distribué par R.Wallut, et le Titan 10-20 Deering distribué par la CIMA.

Il est à noter qu’en 1927, les Titan 10-20 et 15-30, normalement distribués par le réseau Deering, sont encore présents sur le catalogue McCormick de R.Wallut. Non fabriqués depuis 1922, ces tracteurs proviennent apparemment de liquidations de stocks de guerre.

Suite aux accords intervenus à l’IHC, McCormick et Deering proposent dès les années vingt des tracteurs parfaitement identiques. En effet, suite aux lois antitrust américaines, ces tracteurs sont vendus aux États-Unis sous les marques réunies « McCormick-Deering », mais font l’objet en France d’une distribution sous les deux enseignes distinctes. Après l’International 8-16, les 15-30, 10-20 et bientôt 22-36 seront les premiers tracteurs communs au groupe IHC.

Le premier tracteur Farmall produit aux États-Unis à partir de 1924, n’est connu en France qu’à partir de 1927, suivi rapidement dans les années trente par les Farmall F-30, F-20, F-12 et F-14 et les tracteurs Standard

En 1921, à Castelnaudary dans l’Aube, la première moissonneuse-batteuse tractée de marque IH importée des USA est testée en France. La présence de ces machines restera anecdotique jusqu’aux années cinquante. 

En 1934, la CIMA et la société R. Wallut fusionnent sous une même entité : la CIMA-Wallut. Les deux usines du groupe se partagent alors la fabrication des matériels (hors tracteurs) McCormick et Deering. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la CIMA-Wallut, forte de ses deux usines, et de plus de 5 000 employés, est considérée comme le premier constructeur de matériel agricole en France.

De 1939 à 1946, pratiquement toute la gamme des tracteurs Farmall série F sera remplacée par la série « lettre », (A, B, M, H.) et la série W reprendra l’essentiel de la mécanique de ces derniers, mais la guerre ne permettra pas l’importation immédiate de ces tracteurs en France. Les tracteurs chenillés nommés Tractractor sont très présents dans les grandes exploitations d’Afrique du Nord.

1939-1944

Septembre 1939 : l’usine est réquisitionnée par l’armée française.

24 juin 1940 : l’usine Champenois, comme bien d’autres lieux de la région, devient un centre de rassemblement et d’enfermement de très nombreux soldats français prisonniers.

Septembre 1940 : Saint-Dizier est l’un des lieux de tri des réfugiés. Un article intitulé La nasse de Saint-Dizier (source : http://mosellehumiliee.com/) raconte le calvaire des Mosellans :

« La plupart des réfugiés mosellans obligés, en septembre 1939, d’évacuer la “zone rouge, se souviennent de “la gare de Saint-Dizier”. C’est l’endroit où ils durent repasser pour rentrer dès septembre 1940 à la maison. Le nom de la station ferroviaire s’est incrusté dans leur mémoire comme l‘un des mots-clés de la seconde annexion.     

L’événement dut déployer une logistique énorme. On pense que 227 000 frontaliers germanophones, dont les trains arrivaient en boucle depuis la Vienne, la Charente et la Charente inférieure, représentaient les populations de 214 communes. Parmi ces Mosellans, plus ou moins rapatriés de force sans que Pétain ait vraiment cherché à les retenir, 23 953 auraient été refoulés à Saint-Dizier par les Nazis.

En fait, parler de “la gare de Saint-Dizier “serait une erreur. Le filtrage sinistre des Mosellans n’eut pas lieu dans la station proprement dite, mais au lieu-dit “Clos Saint-Jean”, dans les bâtiments de l’ancienne usine Champenois. Il se trouve en effet, relié par rails, à quelques centaines de mètres de la gare de voyageurs. Les Allemands vainqueurs avaient pris possession de nombreuses constructions de cette zone industrielle plus ou moins désaffectée depuis la guerre, pour accueillir les prisonniers français. L’endroit devint à la Libération un dépôt McCormick, puis changea encore de propriétaires (IHF, Case IH, Case New Holland) avant de revenir aujourd’hui à McCormick. »

Pendant la guerre, note Jean-Marie Chirol dans son ouvrage sur la JOC de Haute-Marne 1940-1944 (page 4), le Clos Saint-Jean est transformé en unité de réparation de véhicules militaires allemands (H. K. P. 532).

> Dès 1941, l’usine du Clos Saint-Jean est dans un triste état : elle a terriblement souffert : la presque totalité des machines ont été démontées et stockées dans un coin de bâtiment principal, les établis et les casiers à pièces ont été en grande partie détruits, les pièces en cours de fabrication ont été déplacées et mélangées plusieurs fois, avant d’être transportées en camion à l’usine de Cousances et amoncelées en tas dans un désordre indescriptible, un véritable tas de ferrailles. Les aciers laminés ont été également déménagés aux usines de Chamouilley et Cousances.

> Au lendemain de la guerre, à la Libération, l’usine de St-Dizier n’étant pas en état de produire quoi que ce soit, le choix de Champesnois est de reprendre l’activité sur les quatre sites historiques de Cousances et de Chamouilley, et d’y consacrer les indemnités versées au titre des dommages de réquisition de l’usine de St-Dizier.

Le site reprendra vie avec sa vente à la CIMA en 1949. Pendant quatre ans, le Clos Saint-Jean sera une friche industrielle.

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