Agriculture et machinisme agricole : un futur incertain

 Cet article est le complément de la revue Fontes 101-102 : juin 2016

Un futur incertain

Penser le machinisme agricole de demain, c’est penser l’agriculture et la société où se déploiera la technique. Serons-nous dans le prolongement des équipements actuels, mâtinés d’informatique ? Serons-nous dans un univers radicalement différent avec des technologies aujourd’hui émergents et peu visibles ? Serons-nous dans un monde sans machine, fait main ?

Un exercice toujours apprécié est le regard en arrière sur ce que l’on imaginait il y a un siècle ou quelques décennies ; cela s’appelle le rétrofutur. Les images souvent naïves font sourire. Mais n’en sera-t-il pas de même dans un siècle quand nos descendants liront la presse d’aujourd’hui ?

574_001Cette chromolithographie intitulée « la Moisson » nous montre un paysan rêvant d’une machine réduisant sa peine. C’est bien le premier objectif. Qui ne le souhaiterait, même si ce passage de la civilisation de la peine conduira à la civilisation de la panne. Et cette panne ne sera pas que mécanique.

Coté_an2000_agrilculture

1958 Jan 1 Hutchinson News - Hutchinson KS paleo-future

Résolument optimistes, ces autres vignettes décrivent une agriculture mécanique : la moisson se fait à l’électricité, commandée sans peine d’un poste de commande qui hésite entre presse-bouton et leviers très traditionnels.

1899 chicks paleofuture La jeune fermière (habillée en l’an 2000 comme en 1890) met ses œufs dans un couvoir qui produit  – instantanément ? –  de beaux poussins.

Ces machines qui font tout à la place de l’homme ont leur descendance au XXe siècle. En 1958, le Hutchnison News montre un agriculteur qui, de son fauteuil, peut commander la météo, la culture des parcelles, la production « radioactive » d’œufs, la trayeuse atomique…

Ce contrôle de la météo est un vieux fantasme : les romans de science-fiction les plus optimistes décrivaient un univers où il pleut la nuit et fait soleil le jour pour ne pas gêner l’agrément de la vie. Actuellement, les tenants de la géo-ingéniérie imaginent réguler le réchauffement climatique en agissant sur le rayonnement solaire. 1954 May 28 Colliers Cover paleofuture

1382522341009437029 Toute cette fiction trouve son aboutissement dans une alimentation totalement artificialisée : de la viande sans animaux dans le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, de la nourriture en pilules dans beaucoup de romans populaires de l’après-guerre.

Tout ceci fait sourire aujourd’hui : mais demandons-nous si dans un siècle, nos petits-enfants ne riront pas aussi de nos élucubrations. Convenons cependant que les désirs de haute technologie ont cédé le pas devant d’autres craintes : l’époque n’est plus au progrès à tout prix.

Quelles sont les tendances actuelles de l’agriculture et du machinisme ? D’abord une course constante pour acquérir de la puissance mécanique car les agriculteurs sont de moins en moins nombreux. Les machines sont de plus en plus grosses (et coûteuses : une moissonneuse-batteuse peut valoir 500 000 euros).

1982 robot farms full paleo-future « Moteurs de l’augmentation de la productivité agricole, les machines ont transformé et décuplé la capacité de travail des producteurs : de 1 ha cultivé avant elles, il n’est pas rare aujourd’hui de voir 100 ha dans les mains d’un seul homme. » Les machines sont également équipées de nouvelles technologies pour une agriculture de précision, grâce au GPS, pour minimiser les coûts, optimiser l’utilisation des engrais et des produits phytosanitaires, protéger les sols (les chenilles peuvent ainsi remplacer les roues pour éviter d’écraser la terre). On parle de machines automatiques sans conducteurs, de drones, de robots… tous connectés, « intelligents » et autonomes. Tout ceci n’est pas sans rappeler des textes des années cinquante décrivant les grandes plaines agricoles cultivées par de gigantesques « agrimach » autonomes, réalisant tous les cycles de la production, semis, désherbage, récolte, transformation… sans intervention humaine.

Les fabricants de matériel agricole travaillent sur des projets audacieux, des concepts  – comme il y a les concepts cars en automobile –  tout en apportant, année après année, des améliorations qui tendent toutes à économiser, tant les coûts du matériel, de l’énergie, des produits phytosanitaires deviennent importants. Les mots-clés sont « précision », « modulation automatique ».

La révolution agricole n’est pas seulement mécanique : elle est aussi invisible avec la recherche sur les intrants et les traitements et avec la génomique qui partout dans le monde, sauf en Europe décidément rétive, avance ses pions dans de nombreuses cultures. Si dans les dessins des années cinquante, on mentionnait « radioactif », « atomique » pour décrire le futur, aujourd’hui c’est « OGM » qui s’allie le plus avec le futur (et notre présent).

Contrecoup de ces innovations, inventions et développements qui sont surtout le lot du monde occidental et développé, se développe une crainte d’une agriculture qui mettrait à mal la planète et ses hôtes (la biodiversitré en général et les humains en particulier). Autrefois, en Amérique andine, le paysan s’excusait auprès de la Terre-Mère, la Pachamama, de la blesser pour planter le maïs ou le quinoa. L’agriculteur occidental n’en est pas encore là : il exploite la terre. Mais sous l’effet de contraintes techniques, économiques, sociétales, il tend à faire plus attention : le sol n’est plus considéré comme un support où on sème et qu’on arrose d’engrais, mais comme une richesse qu’il faut ménager.

Si la plus grande part de l’agriculture nord-américaine et européenne est engagée dans un toujours plus technologique, naissent un peu partout des nouvelles pratiques qui retrouvent les gestes ancestraux, qui privilégient la qualité au rendement. Ainsi, des vignes ne sont plus labourées au tracteur qui tasse les soles, mais sont travaillées avec le cheval qui fait un retour remarqué. Le travail cultural tend à minimiser les labours, les traitements chimiques, (1). Les excès du hors-sol, de l’élevage industriel, du forçage, de la chimie sont dénoncés et de nombreux consommateurs privilégient, quand ils le peuvent, les productions locales. Les légumes calibrés retrouvent en face d’eux les produits « moches ».

Combat inégal ? Ces retrouvailles des consommateurs avec des produits plus nature sont certes encore marginales pour des bobos ayant les moyens. Pourtant, ces alliances sont en progrès. En face, le machinisme agricole est en grande partie liée à l’agribusiness (produire plus et toujours moins cher) pour l’industrie agroalimentaire (où les coopératives agricoles sont souvent partie prenante). Il est également dévoreur de crédit, ce qui pose problème en cas de retournement de conjoncture et de recul des prix, ce que l’on a constaté dans l’élevage pour la viande et la production laitière). On arrive peu à peu à un système dual : d’un côté, la production locale où le machinisme a une place, mais limitée, pour des consommateurs proches et souvent solidaires des agriculteurs. De l’autre, une production intensive à coup de grosses machines, mécaniques, chimiques et financières, où l’agriculteur est le maillon d’une chaîne qu’il ne maîtrise plus.

Pendant longtemps, avec comme mot d’ordre : nourrir la planète, le productivisme a représenté le progrès. Aujourd’hui, les certitudes se défont. Nourrir la planète, est-ce faire plus ou répartir mieux ? Et cette planète, ne faut-il pas la respecter ? La machine peut faire les deux : œuvrer avec brutalité ou en douceur. Dans ce dilemme, rappelons que c’est l’homme qui est aux commandes !

1982 : une vision de l’exploitation fruitière avec des robots fermiers.

1984 : une autre vision : une exploitation agricole au bord de la mer.

RECHERCHES ET TENDANCES

deuterium_Sc1Ce tracteur au design épuré et arrondi est bien loin de ce que nous pouvons actuellement voir dans nos campagnes. Loin des machines carrées et fumantes, le Deuterium est l’avenir du tracteur. Les concepteurs pensent que ce tracteur ne sera pas opérationnel avant une cinquantaine d’année encore.

Le Deuterium dispose des dernières innovations en matière de technologie agricole :

        Un processeur intégré

        Un GPRS (General Packet Radio Service) pour un échange de données plus rapide

        Un moteur écologique à hydrogène

        Un éclairage à 360 ° autour de la machine

        Des capteurs qui gèrent ses mouvements

        Des cellules photovoltaïques lui permettent d’utiliser l’énergie solaire

        Une caméra à vision nocturne pour travailler le nuit

        Des capsules éjectables de taille réduite qui partent explorer le terrain

Ce véhicule agricole du futur peut modifier sa forme en longueur ou en largeur pour s’adapter au terrain.

Le concept de ce tracteur futuriste, ergonomique et écologique est l’avenir de nos machines agricoles.

http://www.blog-materiel-agricole.fr/materiel-agricole/le-tracteur-du-futur-le-deuterium/

Le développement de la coopération d’engins agricoles de taille moyenne dans le machinisme laisse entrevoir différentes alternatives au développement d’équipements toujours plus puissants, plus larges et plus lourds, qui répondent aujourd’hui aux exigences de productivité auxquelles sont confrontés les agriculteurs.

Après la conquête spatiale, les robots s’attaquent à l’agriculture…

Après la conquète spatiale, les robots s’attaquent à l’agriculture… (© Nasa)

C’est un fait. L’évolution des agroéquipements vise à améliorer la productivité et la qualité des travaux agricoles au champ. En résultent des machines et outils de plus en plus rapides, imposants et gourmands en puissance. C’est le seul moyen jusqu’à présent, pour un agriculteur seul ou accompagné de son chauffeur, d’abattre de plus en plus d’hectares en un temps toujours moindre.

En attendant ces robots, le machinisme agricole incorpore de plus en plus d’informatique, d’Internet comme le montre ce graphique édité par le quotidien le Monde au moment du SIMA.

Ainsi, le journaliste du quotidien interview cet exploitant de grandes cultures industrielles qui investit dans la gestion avec drone de ses 300 hectares de blé,  pommes de terre et betteraves pour une firme agro-alimentaire. Le tracteur, depuis cinq ans, est  guidé par satellite, avec une précision au sol de 2 centimètres. A la clé, une densification des semences et un dosage plus fin des produits phytosanitaires. Il estime à sept ans le retour sur investissement. La cartographie par drone lui permettrait de mesurer les besoins en azote des plantes en cours de croissance.

Un autre exploitant,, polyculteur éleveur dans l’Oise, a choisi d’automatiser son élevage. La fin des quotas laitiers, décrétée par Bruxelles, fin mars 2015 l’a poussé à investir dans «une étable neuve avec deux robots de traite, tout en remettant les animaux à l’herbe. Entre augmentation du cheptel et nouvelle installation, il produit 10 % de lait en plus. Une production pilotée sur ordinateur. Il affirme avoir désormais des horaires moins rigides, même si la présence quotidienne de l’éleveur dans l’étable reste obligatoire et s’il peut parfois être réveillé la nuit par une alarme reçue sur son mobile.»

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/03/03/les-agriculteurs-cultivent-la-technologie_4875724_3234.html#RO8pqlkrAAOHCQfw.99

La course à la puissance, la seule solution ?

Même si, grâce à la vulgarisation de l’autoguidage, le chauffeur peut concentrer son attention sur les outils attelés au tracteur par exemple, le temps de travail dédié à la conduite reste un facteur difficilement compressible. La course à la puissance est-elle la seule solution ? Et si au contraire, celle-ci diminuait au profit de la coopération d’engins agricoles de taille moyenne ?

Comme le propose aujourd’hui Fendt avec son système Guide Connect, qui sera commercialisé en Allemagne à partir de 2014 (pour la France, il faudra attendre que la réglementation évolue). Derrière ce nom se cache une révolution technologique, qui permet de coupler deux ensembles tracteur-outils et de les diriger avec un seul chauffeur.

Une alternative aux «tracteurs toujours plus gros»

Aroco Irstea : les chercheurs de l’Irstea ont déjà dans l’idée d’aller plus loin que ce concept de coopération de machines de puissance moyenne (80-100 ch) en milieu ouvert. L’objectif : apporter une alternative aux «tracteurs toujours plus gros» ; ce qui, d’un point de vue agronomique, minimiserait l’impact sur les sols et, sur le plan énergétique, semble plus intéressant pour exploiter les «énergies de demain» telles que les piles à combustible.

Reportage vidéo : Tracteurs esclaves : L’Irstea donne un coup de fouet à la robotique

http://www.terre-net.fr/materiel-agricole/tracteur-quad/article/une-alternative-a-l-augmentation-permanente-des-puissances-207-89831.html

Dans son centre consacré aux nouvelles technologies, à Montoldre dans l’Allier, l’organisme explore les voies du futur en matière d’intelligence embarquée et de robotique. « Un robot qui partirait à 8h le matin et qui reviendrait tout seul à 19h, après avoir travaillé sur différentes parcelles, ce n’est pas pour demain et je n’y crois pas, affirme Michel Berducat, responsable de l’unité de recherche «robotique» à l’Irstea. Par contre, notre approche veut dépasser la notion de tracteur «maître-esclave» et démontrer la faisabilité et l’intérêt de la collaboration de matériels, toujours sous le contrôle d’un opérateur toutefois. Aujourd’hui, on crée des lois de commande pour contrôler les machines de manière individuelle. Et faire en sorte que chacune d’elles ait suffisamment d’autonomie pour prendre des décisions, sans que la personne qui les surveille n’ait à intervenir (détecter des obstacles prévus ou imprévus notamment et les contourner). Nous voulons que les engins qui sont «leaders» lors d’un passage deviennent «suiveurs» au suivant. Nous cherchons donc à concevoir des systèmes qui leur permettent de fonctionner indépendamment des machines qui les précèdent ou qui les suivent. »

Valtra robot tracteur esclave : L’opérateur est toujours présent. Il contrôle une machine et surveille les autres. (© Valtra)

D’autres constructeurs comme Valtra semblent abonder dans ce sens. Avec son concept Ants, la marque entrevoit la collaboration d’automoteurs de taille moyenne. Ces différents projets laissent augurer des solutions qui semblent réalistes et qui prennent en considération les problématiques actuelles. Reste à savoir dans combien de temps elles seront disponibles et rentables.

Rêver, certes, mais aujourd’hui qu’en est-il ?

fiches_intentions-d-investissement-agricole-2015-2016Les agriculteurs cultivent la technologie, titre le Monde.  Les agriculteurs français aiment les gros équipement, bien avant les Allemands. « Le marché a légèrement baissé en 2015, à 4,5 milliards d’euros, contre 4,6 milliards un an plus tôt. La tendance devrait se poursuivre, avec une prévision de 4,4 milliards cette année », estime Alain Savary, directeur général d’Axema, l’union des industriels de l’agroéquipement.

C’est qu’il y a trois mondes agricoles : ceux qui investissent, ceux qui n’ont pas les moyens et ceux qui prennent d’autres chemins.

Pour les plus aisés (surtout les céréaliers – du moins jusqu’en 2015 avant le retournement des cours mondiaux), l’achat de matériels de plus en plus performants reste d’actualité. Mais il faut cependant relativiser : ce n’est justement pas forcément pour la performance.  Avec la loi Macron qui autorise  la défiscalisation d’une part des investissements productifs, les agriculteurs français investissent en partie pour réduire les impôts. Les voisins allemands le dont pour gagner en productivité.

En décembre 2015. quand l’exploitant a commencé à avoir une idée de son résultat et de la somme à verser au fisc, il a décidé d’acheter. Faut-il dire «investir» ? 6 000 tracteurs ont été ainsi vendus : un record. «Preuve que la crise ne touche pas tout le monde» dit le journaliste du Monde. qui poursuit : « cet investissement « fiscal » peut avoir son revers. Quand la conjoncture se retourne, les exploitations sont lestées par leur dette. Ainsi, pour de nombreux élevages de porcs, de vaches laitières ou de bovins. M. S. reconnaît que, avec son investissement de 900 000 euros dans l’étable en 2014 et de 75 000 euros net dans un nouveau tracteur en 2015 – assorti de prêts à dix et quinze ans –, la situation est tendue. Il a déposé une demande de report de paiement de ses cotisations Mutualité Sociale Agricole et a réduit drastiquement son salaire.»

objets_connectes_agriculture En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/03/03/les-agriculteurs-cultivent-la-technologie_4875724_3234.html#RO8pqlkrAAOHCQfw.99

Il y a ceux qui, depuis des années, ne peuvent plus. C’est principalement le monde des éleveurs qui sont touchés par de nombreuses contraintes : coût de plus en plus élevé des élevages industriels à mettre aux normes, poids des acheteurs réunis en centrales qu idictent des cours de plus en plus bas, désaffection des consommateus (du moins en Europe occidentale) qui se posent des questions sur la qualité des produits. L’élevage porcin est le plus en difficulté, mais les autres secteurs ont aussi en grande détresse : les exploitants sont souvent devenus des quasi-salariés gérant des élevages industriels : il est symptomatique que le mot «atelier» soit devenu un mot de la filière. Quand il faut investir par force pour rester dans la course, c’est le salaire qui est sacrifié.

Il y a ceux qui ont choisi de désinvestif au sens technique : faut-il toujours plus de machines ? Dans la foulée du bio (mais le bio peut se faire aussi de façon industrielle), des circuits courts, de nouveaux modes d’exploitation se développent : permaculture, retour du cheval, abandon des pulvérisations de produits chimiques, engrais naturels, biodynamie… Ce fut d’abord sous les sarcasmes des agriculteurs classiques. Puis  face à cette montée du bio, le monde officiel inventa l’agriculture raisonnée (la même chose qu’avant mais en essyant de ne pas en mettre de trop) ;  sous la pression des consommateurs, le bio fait une percée remarquable  et est récupéré par l’agriculture industrielle. Reste que, loin des grandes plaines céréalières et betteravières, d’autres modes culturals existent et s’essaient à retrouver des pratiques anciennes qui redeviennt d’avant-garde.

Exemples : le non-labour

C’est travailler le sol sans retournement (sans labour) sur tout ou partie des parcelles de l’exploitation, avec pour objectif a priori l’abandon définitif de la charrue. Le non-labour n’est pas une technique occasionnelle sur la parcelle mais est pratiquée de façon continue dans le temps sur toutes les cultures de la rotation. Les effets positifs du non-labour sur le sol ne sont perceptibles qu’au bout de quelques années.

Les techniques sans labour replacent l’agronomie et le respect du sol au centre de notre métier d’agriculteur. On a trop privilégié le court terme et dégradé notre outil de production. Les techniques sans labour réduisent l’érosion des sols et restaurent ou réactivent les processus biologiques. Elles réduisent le temps de travail et les consommations d’énergie : il faut les développer. Cependant, leur mise en œuvre et leur réussite demandent une technicité nouvelle ainsi qu’une approche économique et intellectuelle différentes.

Jean-Claude Lajous agriculteur à Esparron Haute-Garonne.

Il y a plusieurs types de non-labour…

Le non-labour profond (15 à 30 cm) : il est réalisé avec des outils à dents à plus de 15 cm de profondeur.

Le non-labour superficiel (2 à 15 cm) : réalisé le plus souvent à moins de 10 cm avec des déchaumeurs par exemple. Il peut être très superficiel (2 à 5 cm) quand il est réalisé avec des outils rotatifs.

Dans le cas du semis direct, le sol n’est pas travaillé ou alors seulement sur la ligne de semis et superficiellement.

(extrait d’une plaquette méthodologique réalisés par le Groupe Régional Non-labour de Midi-Pyrénées – Chambres d’Agriculture de Midi-Pyrénées,  Arvalis-Institut du Végétal, CETIOM, ACTA, Association des Agriculteurs d’Auradé, avec le concours financier du Conseil Régional Midi-Pyrénées et du CasDAR..

potager La permaculture vise à créer une production agricole durable, très économe en énergie (en travail manuel et mécanique, carburant…) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques, tout en laissant à la nature « sauvage » le plus de place possible. Le mot voulait dire «agriculture permanente» mais il est devenu un  concept d’agro-écologie. La permaculture est adossée à la notion de système écologique où chaque élément protège et promeut les autres : ainsi, huit strates sont actives, de la canopée (grands arbres) à la mycosphère (champignons en surface ou souterrains).

SylËne une comtoise en plein labour de vignes "‡ l'ancienne" dans le domaines des Noirots en Bourgogne. Le retour du cheval de trait : utilisé souvent dans de petites parcelles (comme c’était le cas avant l’âge du tracteur), le cheval n’est plus seulement un animal dont on utilise la force.

L’enquête menée par Agro Sup Dijon en 2013 met en évidence dans sa conclusion « que les utilisateurs sont des exploitants agricoles ou des prestataires de services. Le fait que le cheval agricole soit plus utilisé en viticulture est confirmé. Les utilisateurs sont issus préférentiellement d’une formation agricole. De plus, l’enquête concrétise le fait que l’expérience en traction animale des utilisateurs est assez récente (<5ans). L’hypothèse initiale concernant l’âge assez avancé des utilisateurs est réfutée puisque 55 % des utilisateurs sont âgés de 30 à 50 ans.

De plus, ils possèdent en moyenne entre 2 et 4 chevaux et non 1 à 2 comme il avait été supposé.

Le matériel moderne proposé par les fournisseurs est mal adapté aux besoins des utilisateurs et donc peu utilisé. Les outils modernes sont trop standardisés. La croissance de la filière cheval agricole dépend très probablement de l’amélioration de l’offre avec des outils plus spécifiques.

Cette étude montre donc que l’utilisation du cheval en agriculture ne cesse d’augmenter. Le travail effectué par les meneurs et leurs chevaux est apprécié tant par les initiateurs des projets que par les riverains. En effet, le sol bénéficie d’avantages agronomiques et les communes profitent de l’attrait touristique d’une telle valorisation du cheval de trait.»

Le cheval n’écrase pas les sols comme le font les roues des lourds tracteurs (même si la tendance est de remettre en avant la chenille, longtemps éclipsée par la roue). L’animal qui pèse une tonne ne pose jamais les sabots au même endroit. Le cheval permet l’accès à des parcelles difficile à cultiver : il permet une culture de précision (et ce sans drone ni GPS). De plus, il est un argument publicitaire de premier ordre, notamment dans les exploitations qui sont dans des circuits courts, où le consommateur sait comment se fait la culture. Le cheval met en sympathie le producteur et le client.

L’agro-écologie réunit de nomnbreuses pratiques. Wikipédia en donne cette liste.Les techniques peuvent être soit générales soit adaptées à des pays, des climats, des terroirs différents. Dans la plupart de ces pratiques, le recours à la mécanique, à la chimie, à l’exploitation abusive des «ressources»  est des plus limité.

Accroissement de la biodiversité en évitant les monocultures qui ont besoin d’intrants en énergie, pesticides et engrais. Le recyclage et l’intégration d’animaux sont également au centre des préoccupations des agriculteurs pratiquant l’agro-écologie.

Le travail du sol qui respecte sa structure, son ordre naturel et ne bouleverse pas le siège des divers micro-organismes dans les horizons du sol. Un couvert végétal quasi permanent est recherché pour limiter l’érosion et structurer le sol. Des techniques comme le non labour ou le paillis sont encouragées.

La fertilisation obtenue au moyen des engrais verts et de compost. L’objectif est le maintien d’un taux d’humus élevé assurant une fertilité durable et garantissant une alimentation hydrique plus régulière. Ces moyens, souvent peu coûteux, sont accessibles aux paysans les plus pauvres. L’agroforesterie peut s’inscrire dans ce processus comme le montrent les expériences pratiques utilisant le Gliricidia sepium.

Traitements phytosanitaires naturels, réduits au minimum, biodégradables et traditionnellement utilisés dans la lutte contre les parasites. Des méthodes comme le Push-pull sont encouragées et la recherche d’équilibres écologiques à l’aide de cultures associées sont recherchés. Voir l’exemple de la milpa.

Sélection des variétés les plus adaptées aux terres cultivées, espèces locales reproductibles localement qui permettent une véritable autonomie.

Économie et optimisation de la consommation d’eau et de l’irrigation par une meilleure compréhension de l’équilibre terre/eau.

Source d’énergie mécanique ou animale pour éviter le gaspillage d’énergies et les équipements coûteux, sans nier le progrès mais en l’ajustant aux réalités.

Aménagements pour lutter contre l’érosion des surfaces (diguettes, microbarrages, digues filtrantes) et utiliser les eaux de pluie, recharger les nappes phréatiques.

Haies vives pour la protection des terres cultivées.

Reboisement des terrains non utilisés pour produire des sources de combustibles, une pharmacopée naturelle, l’art et l’artisanat, la nourriture humaine et animale, la régénération des sols.

Réhabilitation des savoir-faire traditionnels et à la gestion écologique économique.

Pédagogie adaptée aux acteurs de terrain.

L’agro-écologie n’est pas forcément contre la technique mais elle cherche à en minimiser l’utilisation ou à retrouver d’autres techniques qui font mentir l’adage qui affirme que l’agriculture industrielle, c’est la transformation du pétrole en nourriture (ou en argent). Les contempteurs de l’agro-écologie diront qu’elle ne peut pas répondre au défi de «nourrir la planète», à quoi ses défenseurs répondent que la nouvelle révolution verte passe par le recours et le retour à des pratiques mieux adaptées aux terroirs, aux variations climatiques, que l’abus de la technique et de la chimie. La permaculture ne s’applique pas qu’aux potagers, aux vignobles : on peut faire du blé, mais avec des méthodes différentes, notamment en association avec du trèfle blanc qui protège les semis faits en été ! (illustration : méthode Bonfils).

Conclusion

Les agricultures sont peut-être à la croisée des chemins, notamment à cause des évolutions environnemtales et climatiques. Mais c’est peut-être la biodiversité qui est le plus en jeu. «En France, l’Observatoire National de la Biodiversité a développé un indicateur intitulé « Évolution des infrastructures agro-écologiques (IAE) favorables à la biodiversité ». La première évaluation a montré de grandes disparités selon les petites régions agricoles ; ainsi, en 2012, 20,3 % (soit 5,7 millions d’ha) de la surface agricole utile pouvait encore être considérée comme IAE,. Mais ces dernières sont surtout situées en basse et moyenne montagne et dans les petites régions agricoles traditionnellement herbagère, et très localement dans certaines zones humides ; les grandes régions agricoles où elles seraient le plus nécessaires en sont les plus dépourvues (moins de 5 % de la surface agricole utile pour la Bourgogne, la Champagne-Ardenne, la région Centre-Val de Loire, l’Île-de-France, la Haute-Normandie, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie).» On retrouve une coupure entre régions de grande culture où la mécanisation est un modèle dominant et régions ou zônes  agricoles où le tracteur, l’épandeur de phytosanitaires pénètrent plus difficilement. (d’après Wikipédia consulté le 31 mars 2016 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Agro%C3%A9cologie)

Selon les pays et les continents, les évolutions sont divergentes : pour l’instant, en surfaces et en chiffres d’affaires, ce sont les pratiques d’agriculture industrielle qui dominent. Aux défis climatiques, la tentation est de faire encore plus de technique : avec des machines, de la chimie, de la génétique, voire avecde la géo-ingéniérie qui modifierait le climat. En Europe (luxe de pays riches ?),  le tout-machinique fait débat, façon de dire qu’il ne fait plus consensus, comme c’était le cas au XXe siècle. quand les charrues Made in Meuse ou Made in Haute-Marne représentaient le progrès. Aujourd’hui, les transmissions sont faites pour la Chine. Les percherons de Montier-en-Der se prépareraient-ils à reprendre du service ?

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Jules Lafargue : le droit à la paresse

3 — CE QUI SUIT LA SURPRODUCTION

Ah ! comme des perroquets d’Arcadie ils répètent la leçon des économistes : « Travaillons, travaillons pour accroître la richesse nationale. » Ô idiots ! c’est parce que vous travaillez trop que l’outillage industriel se développe lentement. Cessez de braire et écoutez un économiste ; il n’est pas un aigle, ce n’est que M. L. Reybaud, que nous avons eu le bonheur de perdre il y a quelques mois :

« C’est en général sur les conditions de la main d’œuvre que se règle la révolution dans les méthodes du travail. Tant que la main-d’œuvre fournit ses services à bas prix, on la prodigue ; on cherche à l’épargner quand ses services deviennent plus coûteux [20]. »

Pour forcer les capitalistes à perfectionner leurs machines de bois et de fer, il faut hausser les salaires et diminuer les heures de travail des machines de chair et d’os. Les preuves à l’appui ? C’est par centaines qu’on peut les fournir. Dans la filature, le métier renvideur ( « self acting mule » ) fut inventé et appliqué à Manchester, parce que les fileurs se refusaient à travailler aussi longtemps qu’auparavant.

En Amérique, la machine envahit toutes les branches de la production agricole, depuis la fabrication du beurre jusqu’au sarclage des blés : pourquoi ? Parce que l’Américain, libre et paresseux. aimerait mieux mille morts que la vie bovine du paysan français. Le labourage, si pénible en notre glorieuse France, si riche en courbatures, est, dans l’Ouest américain, un agréable passe-temps au grand air que l’on prend assis, en fumant nonchalamment sa pipe.

Source : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Droit_%C3%A0_la_paresse_%281880%29

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