Sauver le Cimetière de Santiago du Chili en l’inscrivant comme “Patrimonio de la Humanidad UNESCO” en danger ?

Nous avons déjà largement présenté les richesses du cimetière général de Santiago du Chili (revue Fontes n° 79 et la Mougeotte n°30)

Les dégâts des tremblements de terre, la mauvaise qualité de certaines constructions, la difficulté de surveiller un immense domaine de sépultures, de marbre, de bronze, de fonte… expliquent l’état très dégradé de certaines sections du cimetière. Une inquiétude se développe et elle a déjà provoqué un mouvement de pétition pour sauvegarder la Ciudad de Los Mortes.

A défaut de trouver un appui auprès des autorités de l’Etat chilien, les défenseurs du patrimoine historique de Santiago du Chili se tournent vers l’Unesco. Ce lieu, où les fontes d’origine française voisinent d’autres sculptures de marbre dans un immense champ funéraire fait de tombes prestigieuses ou modestes, célèbres ou anonymes, est monument historique et, avec ses 28 hectares, le plus grand monument du Chili. Las, le temps, les tremblements de terre dont le très fort séisme de 2010, mais aussi les vols, le manque d’entretien ou de vigilance, causent des dégâts qui deviennent une affaire d’Etat.

A une époque où la plupart des municipalités valorisent ce patrimoine comme lieu de mémoire (la comparaison avec  le Père Lachaise à Paris revient sans cesse), les demandes pour que le Cimetière général (Cementario general) soit mieux protégé, surveillé et restauré sont restées lettre morte.  Nous avons retrouvé l’auteur de notre article, l’architecte Tomas Dominguez Balmaceda, en pointe sur ce combat pour la Cité des Morts. Aussi l’avons-nous interrogé sur ses motivations. Ses réponses laissent paraître un certain accablement. C’est que le combat n’est pas d’hier : les études sur ce patrimoine n’ont pas manqué. En 2009, 1077 personnes ont signé la campagne de mobilisation en faveur de ce patrimoine pour le faire classer «monument national»1. Un seconde démarche a été de faire postuler à la liste du patrimoine de l’Unesco. « Le conseil des Monuments a repoussé l’initiative en justifiant que «le bien n’a pas de valeurs universelles exceptionnelles» et n’a pas livré d’arguments techniques. Je crois personnellement que si l’Etat s’engageait dans la demande, ce serait reconnaître tacitement que la loi de protection des monuments historiques est inefficace, que le conseil des monuments est inopérant et incapable d’agir  de façon responsable pour protéger notre héritage culturel, particulièrement après un tremblemente de terre.».

La pétition «citoyenne» a été arrêtée à la suite de ce refus. Tomas Dominguez Balmaceda en tirera alors la conclusion : «En conséquence, et au grand dam de ma fierté patriotique,j’ai décidé d’utiliser la dernière possibilité que je connais: faire entrer le cimetière dans la  «liste du patrimoine en danger»». C’est difficile, avoue-t-il, car d’une part les dossiers Unesco sont traités par les Etats (l’Unesco a du mal à écouter les citoyens) ; d’autre part, c’est entrer en conflit et reconnaître qu’il y a un dysfonctionnement.

Que faire ?

Pour une association sans soutien politique, il est difficile de gérer ce genre de situation. L’Unesco est une grande organisation internationale  où le patrimoine chilien est défendu par le Chili. Comment faire quand le protecteur légal  ne s’intéresse pas au sujet ?

L’article publié par Tomás Domínguez Balmaceda dans nos revues est largement utilisé pour renforcer la sensibilisation. (cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

ecran 2012-11-27 à 19.34.08   couv_mougette_30Nous ne pouvons que partager ce projet de sauvegarde et de réappropriation du patrimoine funéraire. Outre les oeuvres d’art (dont beaucoup viennent de France) le cimetière est, comme le Père Lachaise à Paris, un lieu différent, loin de l’agitation de la ville, du bruit. Nous ne connaissons pas suffisamment les points de vue des autorités,mais nul doute que notre attention est forte sur ce sujet. Si, comme le dit l’article, le cimetière ne posséderait aucune valeur universelle exceptionnelle selon les mots du Conseil des monuments, c’est confondre les parties et le tout. Le Cimetière est un tout bien supérieur à la totalité de ses parties et l’histoire universelle perdrait beaucoup à sa disparition ou sa dégradation.

En téléchargeant la Mougeotte n°30, vous pouvez retrouver les photos et la présentation que nous en avons faites.

 

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