Revue de presse : Longuyon : sur les traces des anciens hauts-fourneaux (le Républicain lorrain)

Progressivement, un riche passé industriel longuyonnais resurgit des broussailles grâce à l’action des jobs d’été embauchés par la ville.

Là où débouche la rue de la Platinerie sur la D 643, à flanc de coteau, le long de la Crusnes, retentissent débroussailleuses et tronçonneuses, bruits de camion et tracteur. Tout ceci est provoqué par l’intense activité d’un chantier jobs d’été initié par la municipalité longuyonnaise. Une quinzaine de jeunes locaux, embauchés temporairement par la mairie, participent à une grande campagne de nettoyage et de débroussaillage autour d’un vestige de cheminée datant de l’ère industrielle de la ville. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que le fruit de leurs efforts allait déboucher sur la mise au jour d’un riche patrimoine local, datant du temps où Longuyon était célèbre pour son industrie des canons de fusils.

Dans cette jungle viennent de réapparaître, à travers les broussailles dignes d’une forêt vierge, quantité de tunnels et chambres souterraines que la végétation, depuis des lustres, avait soustraits au regard des promeneurs du site. Patiemment, branches après branches, broussailles après broussailles, les jeunes dégagent le terrain. Ce qui amène la découverte de nouveaux murs des anciennes installations.

Il s’agit d’un long travail de nettoyage du terrain et d’évacuation de la végétation coupée précédemment par deux adjoints de la mairie, Claude Lembert et Janny Hangely. Ces derniers n’ont pas hésité à mouiller la chemise en maniant tronçonneuse et débroussailleuses. Car ici, pour des raisons de sécurité, pas question de confier de tels engins thermiques aux jobs d’été.

L’intérieur de la cheminée du haut-fourneau a été nettoyé et des mètres cubes de gravats ont été sortis. La cheminée en était remplie sur une hauteur d’environ 1,50 m.

Avec leur tracteur et leur camionnette, les services techniques de la Ville évacuent au fur et à mesure les montagnes de broussailles arrachées à la colline.

Pour remettre en lumière ce patrimoine longuyonnais, il faudra encore bien du temps et de la sueur. Si l’emplacement de ce site n’est pas une découverte propre en soi, voilà bien longtemps que la végétation avait repris ses droits sur les vestiges de l’usine, la faisant disparaître petit à petit de la mémoire locale.

D’autres découvertes seront certainement à venir au fur et à mesure de l’avancement des travaux.

Longuyon était célèbre pour ses forges qui fabriquaient des canons de fusils à rubans.

Cette manufacture de fusils et pistolets a été autorisée par lettre patente du duc Léopold en date du 29 avril 1710 et enregistrée à la chambre des comptes de Bar le 20 avril 1711. Elle comprenait un haut-fourneau constitué de deux feux d’affinage et d’une platinerie dont les bâtiments se trouvaient à 2 km à l’est de la fonderie.

Ses 60 ouvriers fabriquaient des canons tors qui se vendaient 30 livres la paire et d’autres à rubans pour 48 livres.

Par an, 200 paires de canons étaient produites, dont la moitié de chasse à deux coups, le reste à canon simple. Le site faisait partie de l’ensemble des forges, fonderies et platineries de Longuyon-Lopigneux et Vézin.

Sur L’ Almanach du commerce de Paris, des départements de la France et des principales villes du monde de La Tynna de 1820, on trouve la référence des fusils de Longuyon comme étant d’excellente qualité. Il porte encore la trace d’un maître de forge en 1705, Hardi de Rurange de la fabrique de canons de fusil Guillaume.

Cet épisode moderne a pris fin vers 1830, relayé par la construction des chemins de fer qui fit de Longuyon une ville cheminote avec son vaste dépôt des machines et ses voies ferrées filant dans quatre directions.

Historiquement, les premiers canons étaient en cuivre, puis vinrent l’acier et les canons tordus. Ils étaient conçu d’une lame de fer que l’on roule et dont on soude les deux bouts puis, reporté au rouge à la forge, on tord l’ensemble pour une meilleure résistance aux efforts de la poudre. C’est à Longuyon que l’on se spécialise dans les fusils à ruban. Autour d’un tube de tôle appelé chemise, on enroule un ruban de fer ou d’acier. Une fois qu’il est soudé, on enlève la chemise de telle sorte qu’il ne reste plus que le ruban formant le canon.

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