Document : Dépôt des forges et fonderies du Val d’Osne

Revue générale de l’architecture et des travaux publics XXXe volume, année 1873 p 151-154, 194-199

Dépôt des forges et fonderies du Val d’Osne Boulevard Voltaire, n° 58, à Paris

Par M. H. FEVRE, arch

À Monsieur le Directeur de la Revue de l’Architecture

Mon cher Directeur,

La création de l’industrie des fontes d’ornement est assez récente ; comme toute création renfermant une idée juste et répondant à un besoin réel, elle a fait en peu de temps les plus rapides progrès.

On ne peut, sans étonnement, comparer la légèreté et la délicatesse des balcons et des grilles en fonte d’aujourd’hui, avec la lourdeur et le manque de grâce des balustrades que l’industrie des fontes d’ornement livrait au commerce il y a à peine quarante ans. La surprise augmente quand on rapproche les timides reproductions de la statuaire antique que cette industrie faisait hier, des statues équestres qu’elle exécute aujourd’hui avec la plus grande hardiesse. En quelques années elle a abordé et souvent résolu avec bonheur toutes les difficultés que présentait l’exécution en fonte des vases les plus variés de forme, des animaux les plus divers, des fontaines les plus considérables comme dimensions, des groupes de statues les plus compliqués.

En parcourant le vaste champ que cette industrie s’est ouvert, depuis l’humble et pourtant si utile tuyau de fonte jusqu’à la fontaine monumentale que la Société des Fonderies du Val d’Osne vient d’exposer à Vienne, on se rend compte des ressources presque illimitées qu’elle met à la disposition de l’architecte, pour la construction et la décoration des édifices.

L’appel qu’elle a fait au concours des artistes les plus éminents : les Liénard, les Mathurin Moreau, les Carrier-Belleuse et tant d’autres, a contribué le plus efficacement à ses rapides progrès ; mais il est juste d’en reporter aussi le mérite sur les chefs des établissements qui l’ont créée et ont travaillé à son développement. Parmi ces établissements, celui des Hauts-Fourneaux et Fonderies du Val d’Osne doit être cité en première ligne, car il n’a pas cessé un instant, à travers les diverses transformations survenues dans sa direction et dans sa constitution commerciale, de marcher dans la voie du progrès avec les efforts les plus énergiques et les plus intelligents. À chacune des grandes expositions qui ont eu lieu depuis 1834, on a pu constater les améliorations successives que cet établissement a apportées dans son outillage, dans le choix de ses modèles et de ses dessins et dans le fini de ses produits.

M. André, son fondateur, qui peut être considéré comme le véritable créateur de l’industrie des fontes ornées, après avoir obtenu une médaille d’or à l’Exposition de 1834, reçut à Londres, en 1851, le Concil Medal pour une fontaine dont les dimensions parurent, à cette époque, colossales. Chacun se rappelle encore la belle exposition de son successeur, M. Barbezat, en 1867, exposition qui valut au Val d’Osne une médaille d’or. Depuis, sous la direction de MM. Fourment et Houille et celle de M. Mignon, son administrateur actuel, de nouveaux progrès ont été réalisés, et ce grand établissement vient d’en recevoir la récompense par le diplôme d’honneur qui lui a été décerné à Vienne pour sa fontaine monumentale.

C’est en 1863 que M. Barbezat me remit les premiers éléments d’étude d’une construction qu’il projetait au numéro 58 du boulevard Voltaire, alors boulevard du Prince-Eugène, pour y établir le dépôt des produits des Hauts-Fourneaux et Fonderies du Val d’Osne.

Ce dépôt devait comprendre :

– des vastes magasins élevés sur sous-sols d’un rez-de-chaussée et d’un étage, avec cour couverte ;

– une salle d’exposition pouvant au besoin servir de salle d’assemblée pour les actionnaires ;

– des ateliers de montage et d’ajustage avec leurs dépendances : ateliers de peinture, de sculpture et de menuiserie, économat, etc. ;

– des bureaux de dessin avec dépôt pour les archives :

– un cabinet pour la direction ;

– des bureaux de vente et de comptabilité ;

– enfin des écuries et remises.

Une cour plantée, destinée à l’exposition des statues, des fontaines, des vases, des bancs et autres objets servant à la décoration des jardins, devait compléter l’ensemble de ces dispositions.

Toutes les parties de l’établissement devaient être reliées entre elles, à chaque étage, par des chemins de fer, et, d’un étage à l’autre, par un monte-charge et des escaliers. Il était nécessaire aussi de prévoir l’installation d’un réservoir d’eau assez élevé pour alimenter d’une manière constante les fontaines jaillissantes du plus grand modèle, ainsi que l’installation d’un système de chauffage et de ventilation, combinés de manière qu’en toute saison on fût à l’abri de la buée, qui présente, comme on sait, de graves inconvénients pour la fonte.

Enfin, en façade sur le boulevard, on devait projeter une maison à loyer où seraient réservés : l’appartement du Directeur de l’établissement, quelques logements pour les employés principaux, de vastes passages donnant accès aux magasins et des entrées pour les locataires, indépendantes de ces passages.

Ce programme, très complexe, offrait tout d’abord une difficulté : il fallait satisfaire à la fois aux besoins, distincts et souvent opposés, d’une maison à loyer où doit régner le calme et où les accès faciles et sans danger sont de toute nécessité, et à ceux d’un établissement dans lequel se produisent journellement un grand mouvement de voitures pesamment chargées, et des allées et venues continuelles de visiteurs et d’ouvriers. Une autre difficulté non moins grande se présentait pour grouper, sans obstruer l’air et la lumière qui leur sont nécessaires, des salles de hauteur et de dimensions très différentes les unes des autres et dont la destination fixait, pour ainsi dire, à l’avance la situation réciproque, en vue de la facilité du service et de la surveillance.

Le plan de la planche double 37-38 indique les dispositions qui on été prises pour réaliser le programme proposé.

Les entrées des locataires et de l’habitation du Directeur sont situées à gauche et à droite de celle de l’établissement et séparées de cette dernière par deux rangées de colonnes. Sur les côtés de la cour plantée, que l’on trouve au sortir du premier passage de porte cochère, sont placés les bureaux de dessin et de comptabilité ; les premiers ont été orientés au nord autant que la situation du terrain l’a permis. Sous le deuxième passage de porche cochère, on rencontre à droite le vestibule de la salle d’exposition, à gauche les bureaux de vente et le cabinet du Directeur. La salle d’exposition se trouve au premier étage et s’étend au-dessus du vestibule, du passage de porte cochère et des bureaux. On y accède par un escalier à double volée.

Après avoir franchi cette première partie des bâtiments, on pénètre dans une grande cour vitrée autour de laquelle sont les magasins. Au delà se trouvent les ateliers de montage et leurs dépendances. Une annexe, située à l’extrémité de la cour des ateliers, renferme une salle pour la galvanisation des métaux. À la suite des constructions basses renfermant les ateliers sont placées les écuries et les remises.

Une machine à vapeur, située près des magasins, met en mouvement les machines-outils et le monte-charge ; elle sert en même temps à élever l’eau dans le réservoir. Son tuyau de fumée traverse ce réservoir et maintient l’eau à une température assez élevée pour que, pendant les plus fortes gelées de l’hiver, il soit possible d’alimenter les fontaines exposées dans la cour vitrée.

Quand un modèle arrive de l’usine, le camion qui l’amène du chemin de fer le transporte jusque dans la cour des ateliers, où on le décharge, suivant sa nature, au moyen de la grue roulante, soit sur le quai découvert, soit dans l’atelier de montage. Sur le quai découvert sont déchargées les grosses fontes de bâtiment, telles que colonnes, tuyaux, etc. ; on ne dépose au montage que les fontes d’ornement proprement dites. Dès que le modèle est ajusté et paré, la grue roulante le reprend et le place sur un petit wagonnet qui le conduit directement à sa place, s’il doit rester au rez-de-chaussée, ou bien au monte-charge. Lorsqu’il est arrivé à l’étage qu’il doit occuper, on le dirige à la place qui lui est assignée au moyen d’un chemin de fer. Les chemins de fer des divers étages et du sous-sol sont munis de plaques tournantes et relient les galeries au monte-charge et aux ateliers, de telle sorte que toutes les manœuvres pour élever ou transporter les plus lourds objets se font avec la plus grande facilité et la plus grande promptitude.

La rédaction du projet et l’exécution des travaux ont présenté, comme vous devez le penser, de nombreux problèmes à résoudre : il fallait, en effet, surmonter les difficultés inhérentes à la nature même d’un établissement à la fois commercial et industriel, où l’on se doit avoir recours qu’à des moyens économiques pour réaliser chaque chose : éviter les inconvénients qui pouvaient résulter de l’emploi simultané de matériaux d’inégale résistance ; tenir compte en même temps de la nécessité où l’on était d’arriver du premier coup au meilleur résultat possible, afin de s’épargner des regrets et des changements ultérieurs dans un édifice dont il n’existait alors aucun modèle.

Quelque intérêt qu’aient eu pour moi ces études, poussées jusqu’aux moindres détails, d’une construction aussi considérable, je ne vous entretiendrai, pour ne pas trop abuser de vos instants, que des problèmes dont la solution a offert quelques particularités et dont le souvenir peut être bon à garder, ne fût-ce qu’à titre de renseignement.

Fondations

Dans la partie du XIe arrondissement où se trouvent les magasins de dépôt des fonderies et forges du Val d’Osne, les constructeurs ont l’habitude de fonder leurs bâtiments sur la couche de sable marneux qui se trouve au-dessous du remblai de terres rapportées dont le sol du quartier est formé. Cependant les sondages m’ayant prouvé que cette couche de sable marneux avait été détrempée par d’anciennes filtrations du canal, au point de n’être plus qu’une masse boueuse, j’ai cru devoir, par prudence, passer outre et chercher l’assiette des constructions sur le gravier, dont le gisement suit immédiatement le sable marneux et se trouve à 5,25 m en contre-bas du sol du boulevard Voltaire.

Pour la maison à loyer, dont les murs s’élèvent à 30 mètres au-dessus de leurs fondations, j’ai fait placer, par surcroît de précaution, un cours de libage de roche dure sous tous les murs en maçonnerie, afin de répartir aussi uniformément que possible la charge sur les fondations, et de les garantir en même temps contre les affouillements qu’un retour possible des fuites d’eau du canal pouvait produire.

Précautions prises contre les tassements

Après m’être ainsi assuré contre les chances de tassement que me faisait craindre la nature du sol, j’ai cherché à éviter les effets des tassements inégaux qui devaient résulter presque inévitablement de l’emploi simultané, pour les points d’appui, de la fonte et de la maçonnerie en brique ou en moellon. Cette recherche me paraissait d’autant plus nécessaire qu’il s’agissait de magasins destinés à recevoir des poids considérables, inégalement répartis sur leur surface, et que le moindre tassement pouvait amener, non seulement des déchirements dans les murs, mais encore des flexions dans les planchers ou des ruptures dans les points d’appui en fonte, et occasionner ainsi des désastres.

Dans nos constructions parisiennes, qu’on élève avec une rapidité si extraordinaire, on évite assez bien ces sortes de tassements en ajournant la pose des colonnes en fonte jusqu’à ce que la construction soit montée assez haut pour que les autres points d’appui en maçonnerie aient pris charge ; mais ici ce moyen n’était pas applicable ou était au moins insuffisant, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par le plan et la coupe de la planche 37-38, principalement pour les magasins autour de la cour vitrée, où les points d’appui se trouvent pris, d’un côté sur des murs mitoyens en maçonnerie de moellon contre lesquels les voisins, industriels eux-mêmes, appuient leurs machines-outils et les paliers de transmission de leurs ateliers, et de l’autre côté sur des colonnes creuses en fonte, par conséquent rigides, qui servent à la fois à soutenir le grand comble de la cour vitrée et les planchers des magasins. Ne pouvant modifier les conditions dans lesquelles je me trouvais placé sans avoir recours à des moyens très onéreux, j’essayai de donner aux murs et autres points d’appui en maçonnerie rigide, sinon aussi absolue que celle de la fonte, du moins s’en approchant autant que possible, en substituant le hourdis en mortier de ciment au hourdis de plâtre dont on se sert généralement. Voici bientôt dix ans que ces murs sont faits ; les ateliers voisins ont constamment fonctionné ; il a passé sur les planchers de l’établissement des centaines de mille kilogrammes de fonte, et ces murs de hauteurs inégales, dont les uns ont 30 mètres d’élévation, les autres 10 mètres, sur un développement de 240 mètres, sans mur de refend pour les entretoiser, sont intacts ; on n’aperçoit dans toute leur étendue ni la moindre lézarde ni la plus petite gerçure.

Le mortier de ciment dont on s’est servi se compose de trois parties de sable pour une de ciment des bassins de Paris, en poudre. Le mètre cube de maçonnerie de moellon hourdé en plâtre revenait à 23 fr. 25 c. (Série de prix de la ville de Paris, 1864), tandis que, hourdé en mortier de ciment, il revenait à 24 fr. 65 c. La différence de prix était minime et suffisamment compensée par les avantages que l’on retire de l’emploi du ciment. Aussi en fait-on aujourd’hui un usage de plus en plus fréquent, même dans les murs mitoyens.

Il est certains cas cependant où le constructeur se trouve trop limité dans la dépense pour avoir recours au mortier de ciment, et se voit obligé de subir tous les inconvénients de ces sortes de tassements ; car il n’a aucun guide, aucune indication précise qui puisse l’aider à y remédier. Quelques expériences directes suffiraient pourtant pour déterminer le tassement qu’éprouve, par mètre d’élévation, un mur en maçonnerie sous son propre poids et par suite de l’évaporation de l’eau du hourdis. La comparaison des résultats de ces expériences sur des murs en moellon, en brique et en pierre, donnerait aussi, sans doute, le moyen d’empêcher les déchirements qui ont toujours lieu aux jonctions de ces murs entre eux, et qui n’ont pas d’autre cause que l’inégalité de leurs tassements. Peut-être encore fournirait-elle quelques indications sur les maisons qui font que, dans une construction, le tassement général produit ses effets plutôt sur tel point que sur tel autre.

Aucune étude rentrant dans cet ordre d’idées n’a été faite jusqu’à présent, que je sache, sur cette question du tassement dans les bâtiments, qui touche pourtant de si près à la responsabilité de chacun de nous.

Moyens employés pour combattre l’humidité

L’humidité est l’un des agents de destruction les plus actifs des métaux. Il y avait donc nécessité de prendre des précautions pour s’en affranchir, surtout dans les sous-sols, qui devaient servir au dépôt des fontes de ménage, telles que grilles, fourneaux de cuisine, etc. Le sol a été bitumé dans le sous-sol et au rez-de-chaussée, et les murs de refend ou autres ont été hourdés au ciment comme les murs extérieurs.

Au moyen de vastes soupiraux, disposés dans les entrecolonnements et indiqués dans le plan général pl. 37-38, et des cages d’escaliers placées aux extrémités des magasins, on détermine une circulation d’air constante dans le sous-sol, dont la température reste sensiblement invariable et où l’on n’a plus dès lors à craindre les buées ni les suintements d’eau.

Les murs du rez-de-chaussée ne sont pas placés dans les mêmes conditions que ceux du sous-sol ; aussi pouvait-on redouter pour eux l’humidité du sol, qui, malgré les joints en ciment, s’élève toujours par capillarité à travers la maçonnerie des fondations. Pour arrêter l’ascension de cette humidité, je n’ai jugé à propos de me servir ni du plomb ni du brai gras. Le plomb est très dispendieux ; quant au brai gras, fort employé dans ces derniers temps, il offre de grands inconvénients et ne donne pas de résultats certains : il faut le poser à chaud, il se boursoufle en se refroidissant, manque souvent d’adhérence avec la surface sur laquelle on l’applique ; enfin, suivant que la température est chaude ou froide, il se ramollit ou devient cassant. Dans le premier cas, il peut couler sur les parois extérieures des murs, les salir et finir par disparaître entièrement de la place où il a été posé ; dans le second, l’eau passe à travers les brisures et le brai ne sert plus à rien. Je me suis servi de l’asphalte laminée du commerce, et la réussite a été complète. L’asphalte laminée se compose d’une toile prise entre deux couches d’asphalte très minces, comprimées au laminoir ; le tout a de 0,003 m à 0,0035 m d’épaisseur. Cette manière se vend enroulée comme de la toile ; son prix est de 4 francs environ le mètre. Elle est très malléable et s’applique bien sur les saillies et les creux ; l’asphalte, retenue par la trame, ne fuit pas sous la charge. Je l’ai fait découper en bandes de la largeur des murs, en réservant 0,01 m à 0,02 m de chaque côté pour faciliter le rejointoiement, et appliquer à froid à la hauteur de l’assise de retraite.

Il reste bien ainsi une partie du mur soumise à l’influence de l’humidité ; mais si l’asphalte laminée est placée plus près du sol, l’eau qui se trouve toujours imprégnée dans le mur, comme nous l’avons vu, ne dispose pas d’une surface d’évaporation suffisante, et celui-ci finit par se salpêtrer complètement à sa partie inférieure.

Toiture de la cour vitrée

Je me suis servi, pour la toiture de la cour vitrée, du verre coulé strié, de préférence au verre double employé généralement en pareil cas. Le verre double, en effet, ne peut se fabriquer qu’en feuilles de dimensions relativement restreintes ; de là des joints nombreux, où la poussière s’amoncelle promptement en obstruant le passage de la lumière et arrêtant la sortie des buées. Le verre strié, au contraire, s’obtient en feuilles de 2,25 m environ de largeur ; on peut dès lors disposer les pannes de la charpente de manière à les faire correspondre aux joints des verres, et obtenir ainsi une toiture qui, vue par dessous, semble formée d’une seule feuille de verre. Les stries, qui sont dirigées dans le sens de la longueur des feuilles, forment autant de petits canaux d’où l’eau de pluie chasse facilement la poussière ; elles permettent la sortie des buées, et brisent aussi les rayons du soleil, supprimant ainsi l’un des plus grands inconvénients que présentent les toitures vitrées pendant l’été.

Ventilation de la cour vitrée

La ventilation de la cour vitrée s’effectue au moyen de châssis mobiles ménagés dans la paroi verticale sous le grand comble. Ces châssis sont guidés à leur partie supérieure par de petits rouleaux à axe vertical, fixés à la sablière du grand comble et entre lesquels glisse le fer à vitrage ; le fer à vitrage inférieur est lié par des chappes à des poulies courant sur un rail. La manœuvre se fait du premier étage, au moyen de cordes et de poulies de renvoi. Cette disposition est figurée dans les détails de la planche 37-38.

Colonnes du grand comble – Emploi des pièces de rapport pour les fontes d’ornement

Les colonnes qui servent à supporter la charpente du grand comble de la cour vitrée ont été fondues en trois parties, la première s’étendant du rez-de-chaussée jusqu’à la galerie du premier étage, la seconde du plancher de cette galerie jusqu’à la naissance des fermes, et la troisième dans la partie où se trouvent les châssis ouvrants. Les jonctions ont été faites en emboutissant les extrémités des colonnes à assembler et en boulonnant les brides ménagées à ces extrémités.

On a pu ainsi simplifier la fabrication et obtenir des pièces homogènes sans aucune déformation. On pouvait craindre, en effet, en fondant ces colonnes d’une seule pièce, des inégalités de retrait provenant des différences de masse entre le corps des colonnes et les chapiteaux à ménager à leurs points de jonction avec la galerie et avec le comble. C’est là du reste un fait que le constructeur doit avoir présent à l’esprit, et il ne doit pas craindre, en pareil cas, de multiplier les assemblages.

Dans les fontes d’ornement, les inégalités de masse sont inévitables et rendent très difficile le travail du fondeur. Pour tourner la difficulté, on a imaginé, au Val-d’Osne, d’employer des pièces de rapport : on fond séparément celles des parties de l’ornement qui exigent par leurs saillies ou leurs formes une masse de métal beaucoup plus considérable que les autres, puis on les rapporte après coup à leur place, en les y maintenant au moyen de vis ou de rivets dont les trous ont été réservés à la fonte. Ce procédé est d’une application souvent délicate et ne laisse pas de présenter de nombreuses difficultés, telles, par exemple, que le calcul du retrait de pièces séparées qui doivent se rapprocher et se joindre d’une façon pour ainsi dire mathématique sans bavures ni surépaisseurs.

Lorsqu’il fut question de préparer les projets des fontes d’ornement qui devaient faire partie des constructions du Dépôt, et qu’il eût été décidé qu’on aurait recours au procédé des pièces de rapport, je demandai à M. Barbezat le concours du bureau de dessin de son établissement. L’œuvre profita ainsi des études et de l’expérience de chacun.

Portes extérieures

C’est ainsi qu’ont été exécutées, entre autres pièces importantes, les portes-grilles représentées dans les planches 39-40 et 41. Le dessin de la deuxième de ces grilles a même été composé en combinant des motifs d’ornementation que la maison possédait déjà dans ses modèles courants.

L’examen des coupes et des détails donnés dans vos gravures permet de comprendre facilement le système de construction employé pour les diverses parties de ces portes. Chacun des battants de la porte principale (voy. pl. 39-40) se compose d’abord d’un bâti en fer (en fer est indiqué dans les coupes par des hachures croisées, les hachures simples représentant la fonte) ; deux panneaux en fonte, limés à la demande et vissés, règnent entre les côtés verticaux de ce bâti et des montants intérieurs en fer ; dans le milieu est ajusté un grand panneau en fonte. Le bâti est surmonté d’un couronnement également en fonte. On remarquera (voy. profil DE) le mode d’assemblage des plaques de marbre portant le nom de l’établissement, encastrées dans la traverse supérieure du bâti. La pièce formant marteau de porte est en bronze rapporté.

Les battants des portes latérales se composent d’un bâti en fer, coupé en son milieu par quatre traverses en fer. Deux panneaux en fonte sont ajustés entre les côtés du bâti et les traverses ; ces traverses, dont l’intervalle est rempli par des frises et des palmettes, portent la tête de lion formant marteau de porte.

Je bornerai ici, mon cher Directeur, cette étude déjà trop longue. En vous exposant la manière dont j’ai résolu un certain nombre des difficultés qu’a présentées la construction du dépôt du Val-d’Osne, je n’ai pas la prétention de vous avoir indiqué des solutions neuves. À l’époque où j’ai exécuté ces travaux, les moyens auxquels j’ai eu recours étaient déjà connus, mais ils étaient peu ou point employés. Aujourd’hui ils le sont plus fréquemment ; j’ai cru néanmoins utile d’en parler, car ils m’ont parfaitement réussi et ont pour moi la sanction d’une expérience de près de dix années.

H. FEVRE, arch.

 Les architectes élèves de l’école des beaux-arts

FÈVRE Henri-Gabriel, né 1828 Auxerre, +, prom. 1848, élève Caristie, 1re cl. 1858. S.C. Travaux : const. part. ; hôtels privés, maisons de rapport, établiss. ind. (Baccarat, Val d’Osne, etc.). travaux à Buenos-Ayres

Revue générale (…), 1873

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