Article de la Tercera (Santiago du Chili) : découverte de fontes d’art

Presse étrangère : envoyé par Miguel Saavedra, président du RIFA, cet article sur une découverte de fonte d’art française à Santiago du Chili. Téléhargez cet article par le lien ci-après. La photo réprésente le centaure Chiron qui a été le précepteur d’Achille. Cette fonte, d’après un modèle antique exposé au Louvre, a été produite par Ducel  (DUC_VO_PL0256 Ducel Val d’Osne : pl 256 Fontaine)  et le Val d’Osne (VO_PL618 – Statues) . il manque le petit Eros à cette fonte chilienne.

La Tercera 20 agosto 2011 Centauro cabalgado por Eros

Le Centaure chevauché par l’Amour – Répliques antiques d’après des originaux grecs de l’époque hellénistique – Musée du Louvre. Le vieux Centaure est chevauché par Eros, représenté sous la forme d’une jeune enfant. L’oeuvre grecque originale date sans doute du IIème siècle avant Jésus-Christ. Ce type de statuaire est peut-être originaire d’Aphrodisias, citée antique d’Asie Mineure située dans l’actuelle Turquie

Traduction : Belle époque de Santiago

Deux statues françaises du XIXe siècle ont été trouvées à l’hôpital San Borja Arriáran. Elles ont été découvertes il y a moins d’un mois, mais elles ont toujours été là.

Le Centaure du Louvre

L’esthétique française a marqué le goût du mobilier urbain du XIXe siècle à Santiago. Demeures aristocratiques, édifices publics, places et parcs se peuplèrent de statues acquises ou commandées auprès de fonderies parisiennes. Presque toutes sont des reproductions en série que ces entreprises européennes offraient par l’intermédiaire de catalogues ou de salons artistiques. Sur la placette du jardin intérieur de l’hôpital San Borja Arriáran arrivèrent deux de ces curieuses statues dont personne ne savait depuis quand elles étaient là ni qui les avait apportées : un centaure au visage d’Homère et une femme qu’on appelle “l’Odalisque”. Ou simplement “les beautés (monos) de fer” comme on les appelle à l’hôpital. Yure Ayala s’éprit de ces “beautés” quand, fin juillet, il visita l’hôpital, délégué par l’entreprise Intervención Urbana. Déjà en 2002, avec son associé, le restaurateur José Sepulveda, il a été à l’origine de la restauration d’une vingtaine de statues religieuses au Cimetière General. Référence suffisante pour qu’on leur demande maintenant de restaurer le grand pavillon de l’enceinte, celui de Valentín Errázuriz construit en 1924 et déclaré monument national en 2010. “C’est le rêve de chacun”, confie Yure, encore tout ému.

Et comment ne pas être ému ? L’hôpital San Borja Arriáran (autrefois Paula Jaraquemada), 1234 rue Santa Rosa, fut créé en réponse aux épidémies de rougeole et de coqueluche qui frappèrent le pays il y a un siècle. Il fallait plus d’hôpitaux pour les enfants et à cette fin fut acquise la demeure “El Mirador” dont l’architecte Emilio Jecquier (le même que celui du musée de Bellas Artes et de la gare Mapocho) prit en charge le projet.

Centaure_copie À Paris où il réside, Sepulveda continue à être ému : “Au Chili, il y a peu de patrimoine et cela me touche de penser au parcours que firent ces pièces, en charrette et voilier depuis la fonderie en France jusqu’au bout du monde en passant par le détroit de Magellan. Je ne comprends pas pourquoi les gens n’y pensent pas.” L’expert vient à la fin du mois pour voir les statues sur le terrain, mais il a déjà déterminé qu’il s’agit d’une trouvaille importante : le Centaure pourrait être une pièce unique au Chili, reproduction d’un original en marbre découvert en Italie au XVIIe siècle et exposé actuellement au Louvre sous le titre “Le Centaure chevauché par l’Amour”. “L’Amour” ou Éros n’est autre que le chérubin qui, dans le cas de la pièce de San Borja, a été volé de même qu’une douzaine d’autres statues qui étaient autrefois visibles depuis la rue Santa Rosa. Personne ne sait quand, encore moins comment. Toujours est-il qu’aujourd’hui elles ne sont plus là.

L’enfant de la Liberté

Euterpe-1_copie L’odalisque est en réalité Euterpe, la Muse de la musique, fille de Zeus. Les deux figures proviennent de la fonderie Jean-Jacques Ducel, créée en 1810 et achetée en 1878 par le Val d’Osne, propriétaire du catalogue qui encore en 1900 proposait 40 000 objets, bustes, fontaines, candélabres ou statues religieuses. Mondialisation à laquelle les autorités chiliennes de l’époque surent participer pour orner l’espace public avec des airs français : la Vierge de Rome de Moreau (en haut du Cerro San Cristóbal), les trois Grâces (rue Nueva York, renversées accidentellement par un camion au cours de cette année) et le Neptune de Dubray, souhaitant la bienvenue au Cerro Santa Lucía sont quelques exemples qui marquent la présence de la révolution industrielle à Santiago. Toutes le statues ont été inventoriées dans “Arts de la fonte française au Chili”(2005), publication de la Municipalité de Santiago qui compte 203 pièces dans cinq villes du territoire national, et 88 autres dans la région Metropolitana, la plus grande partie dans des lieux appartenant à la commune de Santiago, comme le parc O’Higgins, le palais Cousiño, les cimetières General et Católico, le parc Arrieta et le Club de la Unión.

Mais le Centaure ne figure pas dans cette liste et comme pour celles avec lesquelles les habitants de Santiago cohabitent, à l’hôpital San Borja Arriáran, il est passé inaperçu pendant toutes ces années. Chose très habituelle, dit Sepulveda : “Quand nous travaillions au Cimetière General, j’ai trouvé une statue que les gens appelaient joliment “l’enfant qui joue du cornet”. Ils ne savent pas que cette pièce est du fameux Bartholdi qui réalisa la statue de la Liberté”.

Selon Sepulveda, “des pièces de Jean-Jacques Ducel et du Val d’Osne comme le Centaure se vendent aux enchères jusqu’à 400 000 euros. Ceci explique que l’une des statues que j’ai restaurées il y a dix ans dans le Cimetière disparut peu de temps après que j’ai eu terminé sa restauration. Elles peuvent peser 200 kilos. Les mettre sur une camionnette est facile”, dit-il. Dans ce sens, l’architecte Ignacio Corvalán, de la Dirección de Obras de la Municipalité de Satiago, déplore que des pièces de ce type disparaissent impunément, mais il remarque : “il y a un vide énorme , puisque la loi sur les monuments nationaux (17.288 de 1970) n’en interdit pas la vente”.

Photos : José Sepulveda Santiago du Chili –

 

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