« Qui a tué l’industrie française ? », sur France 5 : retour sur cinquante ans de déclin
Une émission à voir de toute urgence (actuellement en replay) ; elle évoque à travers l’histoire de l’industrie française des épisodes qui ont marqué le bassin industriel de Saint-Dizier, au sens élargi (et réciproquement). Ces images de friches industrielles, de cheminées qu’on abat, de manifestations d’ouvriers ont les illustrations d’une politique poursuivie par tous les gouvernements, de tous bords.
Lee documentaire d’Ella Cerfontaine enquête sur les raisons et les responsables de cette révolution « désindustrielle », appuyé de nombreux témoignages; parfois certains “gênés” quand ils sont confrontés aux décisions d’hier et aux effets aujourd’hui. La métallurgie est au premier plan : les images de coulée de fonte, de construction automobile, de textile…
Qui a tué l’industrie française ?, d’Ella Cerfontaine, diffusé dans « Le Monde en face », présenté par Mélanie Taravant (Fr., 2025, 64 min).
Présentation dans le journale Le Monde : https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/05/25/qui-a-tue-l-industrie-francaise-sur-france-5-retour-sur-cinquante-ans-de-declin_6608372_3246.html
Extrait de l’article
“identifier les coupables – industriels, financiers, politiques de droite comme de gauche – de cette désindustrialisation.
Le premier est un duo : le président Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974, un an après le premier choc pétrolier, et son premier ministre Raymond Barre. Un an auparavant, l’industrie emploie 29 % de la population active ; deux ans après, la France a perdu 33 000 entreprises.
Deuxième coupable, François Mitterrand. Elu en 1981 (l’industrie représente alors 22 % de l’économie) en ayant promis la reprise de l’emploi, c’est sous son premier septennat que la sidérurgie, en crise, est quasi démantelée. Usinor ferme en 1988 à Denain (Nord). Les ouvriers se sentent trahis.
Modèle ultralibéral
Implacable et rythmé, le documentaire se suit comme un film policier, des intervenants de poids s’autorisant, avec le temps, à parler. Tels Louis Gallois (ancien patron de la SNCF, d’EADS, de l’Aérospatiale, de la Snecma, membre du conseil de surveillance de PSA…) ; Pascal Lamy, ex-directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ; René Proglio associé d’Arthur Andersen (1974-2004).
L’identification des « coupables » suivants est tout aussi éclairante : l’arrivée des cabinets de conseil du type McKinsey dans les années 1980 ; la place excessive des actionnaires et des fonds de pension ; l’instauration du libre-échange ; la sous-estimation de la Chine quand elle intègre l’OMC en 2013. Pour rebondir désormais « il faut accepter le fait qu’on s’est trompé, pointe Aurore Lalucq, économiste et députée européenne S&D. Et ça, on a du mal. » Cette enquête y contribue.”
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