A propos de la collection Campana (Louvre-Paris), le projet d’un musée d’art industriel de Napoléon III

Se déroule encore pour quelques jours à Paris une exposition autour de la collection Campana : les objets comme l’histoire du collectionneur, sa passion, sa boulimie dévorante jusqu’à l’escroquerie… Sa faillite a permis à Napoléon III d’acheter une très grande partie du trésor amassé par achats, fouilles officielles ou à la limite de la légalité. L’exposition raconte très bien cette histoire et montre comment était organisée la collection… en même temps qu’elle met en lumière la notion – relative –  d’authenticité, le marquis Campana, dans son désir “d’avoir”, ayant acquis des objets attribués de façon incertaine ou très restaurés (le “très” étant parfois trop faible).

Sur cette histoire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Collection_Campana

La collection de Giampietro Campana Di Cavelli est constituée durant la première moitié du XIXe siècle. C’est la plus extraordinaire collection privée d’œuvres d’art et d’antiques de l’époque. Elle est exposée dans les différentes villas appartenant au marquis de Campana à Rome et dès 1838 elle est fameuse dans toute l’Europe pour être « la collection particulière la plus riche et la plus variée ». (…)

Les œuvres sont principalement des tableaux et sculptures de la renaissance italienne, une collection de céramiques grecques et étrusques et un ensemble de bijoux antiques. L’originalité de la collection d’antique réside dans l’origine des objets. En effet, Giampetro Campana commandite lui-même des fouilles à Rome et en Étrurie. La collection est ainsi très hétérogène avec des objets d’un intérêt de premier plan qui côtoient des artefacts plus ordinaires, voire faux, destinés à être vendus ou échangés. Ainsi les terres cuites bénéficient des restaurations parfois très invasives des frères Pietro et Enrico Penelli. Ces derniers étaient déjà célèbres du vivant de Giampetro Campana pour leurs reconstitutions de terres cuites antiques. Salomon Reinachécrit ainsi : « que les procédés de restauration adoptés dans les ateliers de Campana ne s’embarrassaient pas de scrupules exagérés et que les restaurateurs employés par le marquis, Pennelli et d’autres, opéraient quelquefois par ordre, à la façon des faussaires »

Sur l’exposition “Un rêve d’Italie” : https://www.louvre.fr/un-reve-d-italie-la-collection-du-marquis-de-campana

Le musée Napoléon III

L’exposition se termine par une évocation du projet de Napoléon III : un musée ouvert qui soit une source d’inspiration pour les artistes, les artisans et les industriels qui y trouveraient des modèles, des idées pour leur propre développement. Napoléon III souhaitait un musée d’art industriel, qui permette aux ouvriers d’éduquer leur goût au contact de modèles de l’art antique et médiéval. Napoléon III savait que ce musée était éphémère. Il n’attendait que la libération de place pour transférer son musée éphémère au Louvre et envoyer une partie de la collection dans les musées de province en particulier au musée du Petit Palais d’Avignon.

Le Louvre a montré 500 objets sur les milliers de la collection. Assez pour raconter une histoire somme toute récente et pour faire rêver. Pour notre part, soulignons que le mot “art industriel” n’était pas à l’époque un gros mot. Cette notion, comme le disent les panneaux ici photographiés, vient d’Angleterre. On sait que Napoléon III a été fortement influencé par ce pays. Il espérait qu’en mettant librement les oeuvres à disposition pour l’éducation, la formation, la France pourrait y trouver de l’inspiration (ce qu’on fait surtout les joaillers). Aujourd’hui, c’est le Louvre (et d’autres musées de province dont Avignon- qui a enrichi ses collections.

Quelques pièces en métal exposées dans la galerie du Louvre : du plus grand (la main en bronze de la statue colossale de Constantin) au plus petit (petits bronzes érotiques). La galerie propose également la Vénus dite d’Anzio, une Vénus pudique qui a pu inspirer les éditeurs de statues sur catalogue.

Sources :  Nadalini Gianpaolo. La collection Campana au musée Napoléon III et sa première dispersion dans les musées français (1862-1863). In: Journal des savants, 1998, n°2. pp. 183-225. DOI : https://doi.org/10.3406/jds.1998.1618 –  www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1998_num_2_1_1618

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