Versailles et l’Antique : retour sur une exposition…

Versailles et l’Antique

La revue Fontes et l’ASPM s’étaient déjà attaqué au thème de l’antique en sculpture, particulièrement dans la fonte d’art. Le patrimoine, le savoir et les moyens des musées nationaux et tout particulièrement celui de Versailles permettent de déployer des trésors : statuaire, peinture, dessin. C’est un véritable bonheur que de redécouvrir ces grands classiques que sont Diane, Vénus, Hippomène, Atalante, Mnémosyne… On peut même y voir le Sénateur de Langres découvert dans cette ville. L’exposition (voir les documents annexes) rappelle cette passion pour l’antique née à la Renaissance, la volonté de faire de Versailles la nouvelle Rome en achetant et en copiant les chefs d’oeuvre. Derrière Apollon, Hercule, Alexandre… il faut voir le Roi : Louis XIV, puis Louis XV qui a poursuivi l’effort de collection. Les antiques (plus ou moins authentiques ou parfois beaucoup complétés ou restaurés) ornaient le palais, les jardins, les bosquets. Les représentations picturales de scènes de l’Histoire ou de la mythologie, le décor, le mobilier, les vases, tout chante les louanges du Grand Roi. Tout est codé !


 

 

Visitant l’exposition avec en tête les fontes d’art éditées au XIXe siècle, nous ne pouvions pas nous empêcher de faire des comparaisons avec les éditions de Ducel, du Val d’Osne…

Une salle était consacrée au Cabinet du Roi et nous pensions que, peut-être, la statue équestre de fer fondu offerte par Maximilien Titon et décrite par son fils, Claude aurait pu être évoquée.

Maximilien Titon, Directeur Général des Manufactures et Magasins Royaux d’ Armes en France, établis en 1666, fait présent en 1701, au Roi, d’une Statue Equestre de S.M.. d’environ 60 pouces de hauteur, fondue en acier, réparée avec un grand soin, dont le corcelet et les autres ornements sont damasquinés en or ; elle est placée sur un piédestal en marbre blanc, avec un bas-relief de chaque côté en acier fondu, représentant la prise de Valenciennes et le Passage du Rhin par ce Monarque. S.M. fit placer dans un Sallon des petits Appartements du Château de Versailles ce Monument curieux et d’une nouvelle invention, le fer s’étant rendu fusible pour la première fois: c’est le sieur Beaumont de Cosne qui trouva ce beau secret (Note de Claude Titon).

Bien entendu, c’était un songe. L’exposition a dû faire des choix car les collections sont vastes. La présentation s’arrête au tournant révolutionnaire avec les projets de reconstruction de Versailles proposés par des architectes comme Boule. Regardons cette exposition à travers notre prisme d’histoire de la fonte d’art. Dès la monarchie, les moulages en plâtre des statues existent (le catalogue consacre un petit article d’une page sur ce sujet). La notion de copie à des fins de reproduction, de diffusion n’ était donc pas absente : c’est ainsi que le Louvre est doté d’une gypsothèque de première importance.

L’édition industrielle n’est évidemment pas abordée. Mais on ne peut s’empêcher de faire le lien entre cette fascination royale pour l’Antique et la même fascination qui s’est propagée dans toute la société du XIXe siècle : nombre de villes ont acheté des fontes de Versailles ou du Louvre parce qu’ainsi, ils entraient dans cette culture gréco-romaine.

Nous n’avons pas d’étude comparée en matière de fonderie « nationale » ; nous ne connaissons que mal – et c’est une lacune – les productions de Grande-Bretagne, d’Allemagne. On peut se demander si la conjonction d’une collection importante, d’une volonté de diffusion au plus grand nombre voulue par la Révolution, le choix de fondeurs comme Ducel de mettre à son catalogue les statues de Versailles (que reprendra le Val d’Osne plus tard) n’a pas donné à la France une place spéciale que nous n’avons pas trouvé dans les grandes fonderies de Coalbrookdale ou de MacFarlane. Au sortir de cette exposition, c’était une question. Cela pourrait être un problème à se poser et à résoudre.

Sur ce sujet exceptionnel, la présentation s’est coulée dans le moule des expositions expertes qui accumulent les chefs d’oeuvre. Pas de panneaux explicatifs – choix volontaire pour ne pas « encombrer » l’exposition et agglutiner les visiteurs. Le visiteur devait avoir un dépliant pour guide ; peut-être était-ce la fin de saison et que le dépliant était épuisé ? Nous n’avons rien eu, sinon l’idée ou le soupçon que tout ceci visait à nous vendre le catalogue fort beau et fort cher. De fait, on pouvait télécharger le dépliant par Internet mais encore fallait-il être prévenu.

 

versailles antique Présentation du catalogue

C’est pour renouer et rivaliser avec la grandeur antique que Louis XIV a pensé Versailles comme une nouvelle Rome, dédiée au culte du soleil et d’Apollon. Ce catalogue d’exposition met en évidence les multiples facettes reliant le Versailles du XVIIe siècle à l’Antiquité. Les puissants de l’époque se sont arraché les reliques d’une civilisation glorieuse et disparue, Louis XIV a cherché à acquérir les pièces antiques les plus prestigieuses et à les faire copier : statues et bustes des Grands Appartements et des jardins, petits bronzes du Cabinet du roi, camées et médailles… L’Antiquité est recomposée pour la gloire du souverain. Dans toutes les disciplines, les artistes se sont efforcé de se réapproprier le modèle antique, au point, parfois, de prétendre surpasser les originaux. L’inspiration antique est tellement omniprésente que divinités et héros, autour d’Apollon, recréent une mythologie versaillaise foisonnante, emblématique du règne du Roi-Soleil. L’influence antique, de Babylone à Rome, inspire la peinture, la sculpture, les arts décoratifs, l’architecture… L’ouvrage, riche de remarquables illustrations d’oeuvres prestigieuses, restitue tout le contexte culturel d’une époque pour éclairer le fonctionnement passionnant d’une cour et d’un règne.

Catalogue conçu sous la direction d’Alexandre Maral, conservateur en chef chargé des sculptures au château de Versailles (« Parcours mythologique dans les jardins de Versailles », 2012), Nicolas Milovanovic, conservateur en charge des peintures du XVIIe siècle au château de Versailles (« Louis XIV, la passion et la gloire », 2011).

Relié: 332 pages – Editeur : Coédition Artlys; Édition : ART LYS EDITIONS (21 novembre 2012) – Collection : ARTS DU 14E AU  – ISBN-10: 2854955129 – ISBN-13: 978-2854955125 – Dimensions: 30,8 x 24,6 x 3 cm

 

 

 


Lire à ce propos :

 

Le site de présentation de l’exposition :

La Tribune de l’Art qui propose une description élogieuse de l’exposition avec de très belles illustrations : http://www.latribunedelart.com/versailles-et-l-antique

Un rappel de notre propre exposition et publication “Beau comme l’Antique” dans notre revue Fontes 66-67

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