Clos Saint-Jean : de Champenois à Yto

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En 1965, la première gamme de conception 100 % européenne entre en commercialisation, et prend à juste titre l’appellation « C.M » (Common Market). Les premiers tracteurs très attendus de cette nouvelle génération sont les 523 et 624. Dévoilés en avant-première le 24 juin 1965 à l’hippodrome de Chantilly, ces tracteurs préfigurent un réel succès commercial qui portera IH au rang de leader européen pendant plusieurs années.

La construction des moteurs est confiée à l’usine de Neuss, la transmission est fabriquée à St-Dizier, mais chacune des usines assemble les tracteurs pour son marché. L’exportation vers les pays francophones devenant une réalité pour l’usine de St-Dizier.

Les 323 et 423 arrivent au catalogue l’année suivante, suivis plus tard des 353, 724 et 824.

Le début des années soixante-dix marque l’arrivée des nouveaux 6 cylindres montés avec des transmissions ZF. Ce sont les 946, 1046 et 1246.

Leur présence au catalogue comble une place peu occupée alors par les rares tracteurs US importés

Les 553,654,734 et 834 en 1972-1973 ne sont qu’une éphémère évolution de la série « C.M ».

La marque « McCormick » ne figure plus sur la calandre des tracteurs.

C’est en 1974 qu’IH innove avec la nouvelle série 44 regroupant les 4 cylindres de puissance moyenne. Le plus puissant de la gamme, le 844, évolue dès 1975 en 844-SB avec un nouveau moteur et connaîtra avec son successeur le 845, un succès commercial sans précédent. Les tracteurs de faible puissance de la série 33 apparaissent en 1975 en version Standard, Verger et Vigneron.

Cette année 1975, IH enregistre une forte hausse de ses ventes en France. Dominé très nettement jusque-là par Massey Ferguson, IH se place juste derrière en seconde place avec 16,3 % des immatriculations, soit 12 712 tracteurs sur un marché de 77 773 unités. 

Le 24 juin 1977 à l’hippodrome de Maison-Laffite, IH présente la série 55 (955 et 1055), tracteurs 6 cylindres équipés d’un ensemble transmission-relevage de conception IH, et d’un pont AV autobloquant de série. La cabine est une plateforme totalement suspendue, aux couleurs rouge et noir déjà présentes sur les tracteurs US.

Alors qu’IH connaît cette année-là un déclin significatif de ses ventes aux États-Unis, les ventes françaises placent la marque en première place avec 17,3 % sur un marché en nette régression, totalisant 62 200 tracteurs.

En 1978, la série 45 est une évolution de la série 44, avec un pont AV autobloquant, et une cabine suspendue identique à la série 55.

Les 1255 et 1455, apparus en 1979 qui adoptent une transmission ZF, avec un coupleur en option, signeront quasiment l’arrêt de l’importation des gros tracteurs US. L’usine de Neuss en Allemagne en assurera seule l’assemblage. 

En 1979 encore, après l’introduction en culture de quelques exemplaires sur le marché français, les moissonneuses américaines à batteur longitudinal Axial-Flow 1460 et 1480 sont présentées au SIMA (Salon international du Machinisme agricole) à Paris. IH reçoit la Médaille d’Or de l’innovation.

En 1980, un tracteur 845 sort des usines de Saint-Dizier, peint en bleu, blanc, rouge à l’occasion du SIMA à Paris, il est le 300 000e tracteur IH fabriqué en France à Saint-Dizier.

En 1981, alors que la construction des cabines était confiée jusque-là à des sous-traitants (TIM pour le marché français), l’usine de Croix démarre la production d’une nouvelle cabine monocoque qui équipera tous les tracteurs européens de moyenne et grosse puissance. La cabine « XL » dont la fabrication fait appel à de nouveaux procédés (structure monobloc, peinture cataphorèse…) a été conçue par les bureaux d’études de la firme automobile Porsche.

Les nouvelles séries de tracteurs 45 XL et 55 XL font l’objet de remaniements profonds pour recevoir cette nouvelle plateforme. La carrosserie est modifiée afin de constituer une ligne homogène avec la cabine, la transmission et le relevage sont également revus, les commandes se trouvent désormais regroupées à droite du siège. La climatisation fait son apparition en montage d’usine. 

Mais, la crise mondiale qui touche le secteur agricole  a de graves conséquences sur l’industrie du machinisme, et touche de plein fouet IH aux États-Unis, mais aussi en Europe. Une lourde politique de restructuration de la production et des moyens financiers sera engagée, et le sort des filiales européennes sera davantage livré à leur bonne gestion.

C’est dans ce climat de marasme général, et sur fond de grèves des usines américaines, qu’IHF installe pourtant en 1982, en lieu et place de l’ex-usine Braud à Angers, une chaîne de montage de moissonneuses Axial-Flow. Exeptée la 1480 toujours importée des USA, les Axial-Flow 1420,1440 et 1460 produites à Angers seront destinées au marché européen, l’Afrique et le Moyen-Orient. 

En 1983, la série 56 XL est présentée avec le nouveau relevage « Sens-O-Draulic », et quelques chevaux en plus. Le nouveau 856 XL 4 cylindres Turbo est le dernier tracteur européen conçu sous la marque IH.

Alors qu’IH atteint jusqu’à 21 % des ventes en France en 1980, dans un marché qui totalise 15 500 tracteurs, la firme subira par la suite la politique très offensive du constructeur italien Fiat, qui s’octroiera désormais la place de leader sur le marché européen.

La baisse d’activité obligera IHF à réduire son effectif, ainsi de 5 000 employés recensés en 1980, seulement 3 000 seront en activité en 1983.

Le rachat de l’IHC en pleine débâcle financière par la société Tenneco en novembre 1984 et la fusion avec sa filiale JL. Case, entraîne a priori les filiales européennes dans le même sort.

Mais la filiale française se heurte aux exigences de la nouvelle maison mère qui considère que les moyens de production européens sont surdimensionnés par rapport au marché dont les perspectives sont moroses. 

Au bout de longues tractations avec les dirigeants d’IHF et le gouvernement français qui soutient financièrement le projet, JL. Case rachète la filiale française sans l’usine d’Angers et ses 185 emplois, prévoit la réduction des activités de Croix au seul montage des cabines en réduisant de fait l’effectif de 515 à 260 salariés, et envisage de spécialiser à l’avenir l’usine de St-Dizier à la fabrication de transmission en ne maintenant sur le site que 1 800 ouvriers.

La nouvelle entité française Case-IH regroupée avec l’activité TP de Poclain, déjà acquise par Case en 1977, portera le nom de Case-Poclain S.A, son siège social se situant désormais au Plessis-Belleville dans l’Oise.

Alors que les moissonneuses Axial-Flow sont de nouveau importées des États-Unis, les moissonneuses européennes conventionnelles ont aussi vécu. Un accord de distribution de courte durée sera même conclu avec Deutz-Fahr pour combler ce manque au catalogue, avant de commercialiser finalement des moissonneuses construites par Droninborg.

  En 1986, les nouvelles couleurs (carrosserie rouge, mécanique noire) font leur apparition sur les tracteurs IH par ailleurs inchangés, aux côtés des tracteurs Case de la série 94.

En 1987, les tracteurs adoptent la calandre Case, la série 94 disparaît du catalogue. L‘intérieur des cabines de couleur crème devient gris, les séries 45 et 56 adoptent un pont AV à entraînement axial, et commande électrique.

En 1988, les nouveaux Magnum série 7100, premiers tracteurs de conception Case-IH, sont importés de Racine aux États-Unis.

En 1989, l’usine de Saint-Dizier ne se consacre plus désormais qu’à la fabrication de transmissions, notamment pour les nouveaux Maxxum série 5100 assemblés à Neuss. La chaîne de montage des séries 33 et 45 est déménagée à Doncaster au Royaume-Uni, tandis que Neuss assumera seule le montage de la série 56 jusqu’en 1992.

Fin 1996, alors que Case-IH dispose du CS-150 suite à la prise de capital dans la firme autrichienne Steyr, les derniers 1455 XL sortent de Neuss, dernier tracteur survivant de la grande collaboration franco-germanique des années IH.

Juin 1997, alors que l’usine de Neuss ferme ses portes comme prévu dans le cadre de la politique de restructuration, Saint-Dizier continue de produire des transmissions pour la nouvelle gamme de tracteurs MX, assemblés à Doncaster.

1999-2001

Case fusionne avec New Holland et doit se séparer d’une partie de ses activités : les usines de Doncaster et Saint-Dizier sont revendues au groupe italien Argo Spa qui relance la marque McCormick. Saint-Dizier devient le siège de McCormick France.

Le rachat de Case IH par Fiat en 1999 pour constituer le groupe CNH (Case New Holland) impose, pour des questions de concurrence, la revente de plusieurs sites industriels et marques, dont McCormick et Laverda qui passent dans le giron du groupe italien Argo.

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