Bruxelles Monumentum : souvenirs de pierre, créations de terre de Patrice Alexandre

Le mouvement commémoratif de l’entre-deux-guerres.

L’EXPOSITION MONUMENTUM

L’exposition retrace le mouvement commémoratif de l’entre-deux-guerres au travers de maquettes, photographies et documents d’archives et présente, parallèlement, les interprétations de monuments de la Grande Guerre sculptées par Patrice Alexandre. La confrontation des monuments originels et des oeuvres contemporaines les « revisitant » incite le public à se réapprorier ce patrimoine devenu simple élément de décor de son quotidien, mais aussi à se poser la question de la relation du sculpteur au monument, de l’artiste à l’histoire.

Une partie des oeuvres fait écho à des monuments déjà installés dans l’espace public ; d’autres sont des créations originales de l’artiste. Plusieurs ont été fondues en Haute-Marne à Sommevoire par GHM.


BIOGRAPHIE DE L’ARTISTE

Né en 1951 à Paris, le sculpteur Patrice Alexandre vit et travaille entre Paris et la Champagne-Ardenne. Il étudie, de 1968 à 1973, à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts. Entre 1981 et 1983, il est pensionnaire de l’Académie de France à Rome. Il obtient le prix de la Biennale internationale de Budapest de 1981.

Site web de l’artiste  http://www.patricealexandre.fr

Sur commande du Conseil général de la Marne sur la mémoire de la Grande Guerre en 2001, il revisite plusieurs monuments aux morts du département. À la suite de ce travail, il présente avec succès un mémoire de Master à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) sur le rôle du sculpteur face à la mémoire et sa représentation. En 2008, il devient professeur à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Avec Jacques Gamblin et David Chaillou, il met en scène la correspondance de Fernand Léger pendant la Grande Guerre. Il est l’auteur du monument à Saint-John Perse situé dans les jardins du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et d’un second dédié aux victimes de la Gestapo à Reims. Déterminé à poursuivre sa réflexion sur la Grande Guerre, Patrice Alexandre explore aujourd’hui quelques monuments commémoratifs belges.

Le Musée royal de l’Armée et l’ASBL Eguides proposeront au public des visites de l’exposition combinées  à un circuit en bus de découverte des monuments commémoratifs bruxellois. Informations et réservations auprès du Service éducatif(02/737 78 07 –sandrine.place@klm-mra.be

http://www.klm-mra.be/klm-new/frans/main01.php?id=../monumentum/cms-fr


Les photos présentées dans cette page sont signées Micheline Casier qui a également retrouvé pour nous les liens vers les monuments belges et français évoqués dans l’exposition.

(texte de présentation)

Monumentum-01wLes héritiers

Alors que l’avant-garde artistique s’exprime dès le début du XXe siècle en peinture, la sculpture met davantage de temps à s’affranchir de l’académisme gréco-romain, Le monument est un art officiel lié à  la commande. Aussi, les commanditaires, élus locaux et citoyens, optent pour des monuments réa· listes qui répondent aux conventions de représentation profondément ancrées en eux. Par ailleurs, l’œuvre est installée dans un espace collectif. Elle doit donc proposer une image lisible de tous. Les images puisées dans la tradition antique célèbrent la victoire ou pleurent les morts, tandis que les composltions sont tantôt classiques, tantôt baroques. Si le sculpteur témoigne d’une forte culture académique, il innove parfois, par exemple en sortant le gisant de son écrin religieux funéraire pour l’exposer sur la place publique.

les témoins

Les sculpteurs appelés à la réalisation de monuments offrent des visions différentes, en fonction qu’ils aient combattu ou non. Pour les premiers, le monument fait toujours référence au vécu de la guerre. Le sujet illustre les tâches au front, tel la relève ou le guet, et évoque tantôt la camaraderie, tantôt le sentiment de solitude. Censée protéger, la terre creusée de tranchées constitue un élément récurrent, souvent présent sous forme de boue dans laquelle le soldat s’embourbe. Le lien au sol influence également l’esthétique du monument: Belges et Français, qui combattent pour la patrie, adoptent un réalisme figuratif; les Britanniques, qui viennent à leur secours au nom de certaines valeurs, préfèrent un style expressif empreint de deuil. Les sculpteurs non-combattants perpétuent quant  à eux les codes traditionnels de représentation.

les martyrs

Pour la collectivité, le sacrifice du combattant se justifie par l’accornplissement du devoir patriotique. Par contre, la mort de civils heurte l’entendement. Ce traumatisme se traduit avec éloquence dans les monuments consacrés aux héros civils. Les monuments, élevés aux hommes et aux femmes qui se sont distingués dans l’espionnage ou le renseignement, mettent en évidence le don de soi. La figure centrale, personnage réel ou allégorie, toujours tête haute, exprime une fierté rebelle. Elle adopte une gestuelle narguant l’ennemi et capable de catalyser le sentiment patriotique. En offrant un corps sans défense au peloton d’exécution, le fusillé de· vient martyr de la nation. Et, quand  il s’agit de souligner le nombre des condamnés, le monument se fait archive publique, alignant les portraits telles des pièces d’identité.

architectoniques

Par nature, la sculpture a besoin d’un support. Le socle sert d’intermédiaire entre l’objet et le sol et, constitue le piédestal destiné à mettre en valeur la sculpture. Dans certains cas, il prend la forme d’un élément architectural. Il contribue à lui donner du sens jusqu’à devenir partie intégrante de l’œuvre. Parfois, il scelle le lien du monument au lieu, au champ de bataille. Lorsqu’il se dresse tout en hauteur, il donne corps à la statuaire et l’élève dans une ascension spirituelle. Adossé à un mur, le monument, strictement frontal, renvoie à la notion de rempart, d’enceinte protectrice, de frontière dont la défense est assurée par des sentinelles. La structure peut aussi être tridimensionnelle. Images, formes et composition interagissent pour faire appel à des références culturelles et susciter des émotions chez le spectateur qui l’interprète selon son imagination.

les ailes

Le motif des ailes hante les monuments, mais il symbolise divers concepts en fonction du contexte. Issue de la tradition antique, la femme ailée, vêtue d’une longue robe fluide, qui tend la couronne au vainqueur, est l’allégorie de la Victoire: la Niké grecque ou Victoria romaine. Les ailes indiquent une libération, un affranchissement de la pesanteur terrestre. Associées au laurier, elles métamorphosent la femme en messagère de la victoire. Mais, posséder des ailes permet aussi de quitter le terrestre pour accéder au céleste. La Victoire agrippe la dépouille du soldat tombé au champ d’honneur et l’élève vers les cieux pour glorifier son âme de héros. Dans quelques monuments, la femme rend hommage au pigeon pour les services rendus à la patrie. Au-delà de ce simple message, l’association des deux motifs symbolise aussi la paix.


L’exposition commence par un petit parcours pour les 5 thèmes (avec maquettes, documents etc.) Ensuite on aboutit dans une grande salle du musée (avec de vieux tanks entre autres). Là, les oeuvres de Patrice Alexandre sont dispersées parmi les objets exposés.

Galerie photos (Micheline Casier)

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Liens utiles pour comprendre les créations contemporaines de Patrice Alexandre

Monument à Gabrielle Petit et à la mémoire des femmes belges mortes pour la patrie – Inauguré le 21 juillet 1923 – Sculpteur Egide Rombaux (1865-1942)

Fonderie Nationale des bronzes – Bronze et pierre bleue – Place Saint-Jean à Bruxelles

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle_Petit


Monument aux héros de l’Armée noire – Reims (51) – Inauguré le 13 juillet 1924 – Sculpteur Paul-Moreau Vauthier (1871-1936) – Architecte Auguste Bluysen (1868-1952)

Fonderie Durenne – Bronze et granit africain – Démonté et vraisemblablement fondu  en 1940

http://www.e-monumen.net/index.php?option=com_monumen&;monumenTask=monumenDetails&catid=6&monumenId=8419&Itemid=19


Monument de la Reconnaissance britannique à la nation belge – Inauguré le 28 avril 1923 – Sculpteur Charles Sargeant Jagger (1885-1934) – Architecte Thomas Smith Tait (1882-1954)

Place Poelaert, Bruxelles – Bronze et pierre blanche

http://www.flickr.com/photos/saigneurdeguerre/sets/72157622683794425/detail/


Poilu victorieux – Orbais-l’Abbaye (51) – Sculpteur Eugène Benet (1863-1942)

Inauguré le 18 septembre 1921 – Architecte Emile Gaillard – Fonderie Durenne – fonte – Place Jean d’Orbais

http://www.e-monumen.net/index.php?option=com_monumen&;monumenTask=monumenDetails&catid=6&monumenId=1354&Itemid=19


Monument aux artilleurs de tranchée morts pour la patrie 1914-1918 – Inauguré le 6 mai 1934 – Sculpteur Maurice Waucquez (1896-1990) – Fonderie Verbeyst

Bronze et petit granit – Square Princesse Jean de Mérode à Etterbeek (région de Bruxelles-Capitale)

http://www.irismonument.be/fr.Etterbeek.Square_Princesse_Jean_de_Merode.html


Monument aux morts dit aussi La dernière Relève – Châlons-en-Champagne (51) – Inauguré le 24 octobre 1926

Sculpteur Gaston Broquet (1880-1947) – Architecte Georges Hardelay (1876- ?) Fonderie coopérative des artistes, Paris

Bronze et pierre calcaire – Place Saint-Etienne à Châlons-en-Champagne (51)

http://www.e-monumen.net/index.php?option=com_monumen&monumenTask=monumenDetails&catid=0&monumenId=8018&Itemid=19

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